LES INSPIRANTES

Wend-Kuuni, Maison Dassam : “Mon métissage m’a offert de m’ouvrir au Monde”

Wend-Kuuni, créatrice de Maison Dassam

Wend-Kuuni. Un don de Dieu. C’est ainsi que peut être accueilli un petit être qui a été profondément désiré par ses parents. Parfois, l’attente est longue, trop longue, si bien que devenir parent s’apparente à un chemin semé d’embûches, nous faisant osciller entre espérance fragile et désespoir le plus profond. Cette attente qui s’éternise rythme alors nos journées et nos nuits, nous offrant de repousser les limites du possible ; de chercher en nous une force et un courage dont on se croyait incapables. C’est ainsi qu’il y a 30 ans, un homme et une femme éperdument amoureux ont quitté leur Burkina Faso natal pour la France. Ils espéraient qu’ici, la médecine leur permette d’enfin porter, donner la vie. Et il en faut du courage pour laisser derrière soi famille, amis, toit, travail et stabilité…

Mais ce risque, ils étaient prêts à le prendre et jamais ils ne l’ont regretté : quelques années plus tard, ils tenaient enfin dans leurs bras Wend-Kuuni (littéralement, “don de Dieu” en Moorée, langue du Burkina Faso). Une petite fille désirée et aimée à qui ils ont offert un inestimable cadeau : le métissage culturel, qui l’a bercée depuis sa plus tendre enfance, faisant d’elle une jeune femme ouverte d’esprit. Aujourd’hui, en nous ouvrant “une fenêtre sur l’Afrique” via sa marque Maison Dassam, Wend-Kuuni rend à son tour hommage avec beaucoup d’amour à ses aïeux, à ses racines :

Wend-Kuuni crée la marque Maison Dassam

Wend-Kuuni : Être née en France de parents burkinabés est une chance !

Depuis toute petite, je baigne dans mes deux cultures sur tous les points : l’histoire, la langue, l’art, les traditions…. Les chanteurs Michel Sardou et Georges Ouedraogo se côtoyaient dans le tourne-disques familial, tandis que le tô (plat traditionnel burkinabé) et le camembert étaient réunis sur la même table.

Je me sens riche culturellement :

❝Mon métissage est une réelle force qui m’a offert de m’ouvrir au Monde et à d’autres cultures.❞

Il m’a en effet offert cette capacité de m’intéresser à tout et à tout le monde et une capacité d’adaptation qui font de moi la personne que je suis devenue aujourd’hui. Entre mes 3 ans et  mes 18 ans, mes parents et moi passions une fois sur deux nos grandes vacances au Burkina Faso, plus particulièrement à Ouagadougou, la capitale. Pour mes parents, c’était l’occasion de passer des moments privilégiés avec notre famille et leurs amis d’enfance.

Et pour moi, c’était…. Troquer un appartement parisien en location situé au 5ème étage pour une maison à nous avec terrasse ; délaisser les corvées de courses et de ménage, réservées à l’assistante ménagère ; éviter les transports en commun et profiter des joies des déplacements à moto et en voiture. En effet, en termes d’architecture, Ouagadougou n’est pas du tout conçue pour les piétons. D’ailleurs il n’y a pas de trottoir à proprement parler, si bien que tout le monde est véhiculé, de 7 à 77 ans, en vélo, moto et/ou voiture !

Et, enfin, c’était le soleil. Pas le timide soleil de 20° dont on se contente à Paris, non, celui qui est au Zénith dès 10h et qui affiche 37 à 40° !

Wend-Kuuni crée la marque Maison Dassam

❝Pour moi, le Burkina Faso, c’était la perspective de passer 2 mois de chaleur et de liberté pure, entourée des êtres que je chéris ! ❞

Mes cousin(e)s avec qui j’allais pouvoir m’amuser ; mes oncles et tantes qui allaient encore une fois me dire à quel point j’avais grandi ; et surtout ma grand-mère maternelle que j’aime tant… C’est une femme très douce, mais qui pourtant ne manque pas de caractère ! J’admire beaucoup sa force, son courage et sa persévérance. Elle me fait également beaucoup rire. C’est une femme qui a bien profité de la vie, qui a connu plusieurs conquêtes amoureuses. Cela me fait drôle de l’entendre parler des différents hommes qu’elle a connus… Et c’est également beau et émouvant quand elle évoque mon grand-père, l’amour de sa vie.

Malheureusement, je ne le connais que dans ses mots, par le portrait qu’elle m’en livre, puisqu’il est décédé quand ma maman était jeune. A cette époque, elle n’était pas proche de ses filles et aujourd’hui, je ressens le regret qu’elle éprouve de ce fait. En revanche, toutes les deux, nous sommes très proches. Je tiens énormément à notre relation, où on peut se confier, poser des questions, sans tabous. Être nous-même, simplement. J’aurais tellement aimé que nous soyons plus proches géographiquement parlant, cela nous aurait permis de vivre encore plus de choses ensemble ! Je n’ai qu’une hâte, c’est que mes futurs enfants la rencontrent…

Au fil des années, j’ai senti monter en moi un désir profond d’offrir un nouveau regard sur  l’Afrique.

J’avais envie de la mettre en avant, de montrer ce qu’elle a de beau à offrir. Il me tenait à coeur de sortir des clichés que l’on peut entendre de personnes qui n’y sont jamais allés mais qui pour autant pensent tout en connaître : la guerre, la famine, la pauvreté… Montrer que l’Afrique est composée de 54 pays bien distincts. Certes, il peut y avoir des points communs, au niveau de la gastronomie, de la langue… Mais il y a aussi beaucoup de différences ! En effet, un Burkinabé est différent d’un Nigérien, d’un Congolais ou d’un Érythréen. Et penser que l’on se ressemble tous, que l’on se connaît tous, que l’on écoute tous le même style de musique… C’est comme dire qu’un Français, un Croate et un Polonais sont pareils…

Et, il est un grand homme burkinabé qui occupe une place particulière dans mon coeur : Thomas Sankara. Mon papa est un effet un fervent sankariste, si bien que j’ai été baignée dans son univers depuis toute petite. Sa biographie ayant pris place dans le salon, c’est comme s’il avait toujours été là. Comme s’il était, un peu, le quatrième membre de notre famille…

Thomas Sankara a joué un rôle crucial dans le développement du Burkina Faso. Il avait cet amour inconditionnel pour son pays, “sa patrie” comme il l’appelait. C’était un visionnaire qui n’avait pas peur de ses idées. Il avait conscience de l’importance de la place des femmes et voulait les mettre au cœur de la société. A l’époque, il avait déjà tout compris : le travail de la terre, le savoir-faire et la culture sont les piliers de la société !

Au moment de créer Maison Dassam, je n’ai pas eu de révélation :

Huile végétale Maison Dassam

❝C’était pour moi une évidence, une nécessité de raconter une histoire différente.❞

De par ses richesses naturelles, le continent africain est l’un des plus prolifiques au Monde. Les programmes scolaires sont en avance, d’un à deux ans parfois, sur les autres pays. L’entrepreneuriat n’y est pas un effet de mode, mais un réel mode de vie : tout le monde est entrepreneur ! Le manque d’entreprises privées dans certains pays pousse en effet les habitants à redoubler d’effort pour vivre par leurs propres moyens. Le statut d’entreprise/ de société est occupé par une petite partie seulement de la population seulement. La micro-entreprise étant, elle, le statut de base occupé par tous.

À titre d’exemple, à 88 ans et bien que mes parents subviennent à ses besoins, ma grand-mère continue toujours son activité de commerçante… Et elle fait du vélo bien mieux que moi !

Une partie des femmes avec lesquelles j’ai travaillé se considère comme femmes au foyer. Pourtant, ce sont des entrepreneures ! Elles s’occupent de leur foyer à temps plein – ce qui est déjà un travail – et ont en plus une activité. Pour la plupart, elles ont appris très jeunes leur savoir de leur mère, leur grand-mère ou leur tante. Elles subviennent en partie aux besoins de leur famille et s’occupent également d’elles-mêmes. POur elles, ces gestes sont naturels : elles n’ont pas conscience de ce qu’elles accomplissent au quotidien.

❝La simplicité de ces femmes m’a fascinée :  elles ont juste l’impression de se débrouiller, alors qu’elles tiennent un véritable trésor entre leurs mains.❞

Travailler uniquement avec des femmes n’étaient pas une condition sine qua none. D’ailleurs, je travaille avec quelques hommes, bien qu’ils ne soient pas nombreux ! Ceci dit, si j’avais eu le choix, je me serais effectivement tournée plus naturellement vers des femmes. Mais, dans le cadre de Maison Dassam, les facteurs conjoncturels et la chance ont beaucoup joué.

De ces femmes et hommes avec qui je travaille main dans la main, j’ai appris la patience. Travailler avec des personnes en France et au Burkina Faso n’a rien à voir ! Là-bas, les choses vont beaucoup plus lentement. Il faut prendre son temps, expliquer soigneusement, être rigoureux et s’armer de patience… Mais à la fin, cela vaut toujours le coup ! J’ai pu observer les artisans à l’oeuvre, discuter avec eux, comprendre leurs difficultés et leurs attentes. Cela m’a énormément appris !

Aujourd’hui, de plus en plus, je me sens alignée avec mes aspirations profondes. Pour autant, je ne renie ni ce que j’ai pu connaître avant, ni mes choix passés : c’est grâce à eux que je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui ! J’espère de tout coeur garder mon ouverture d’esprit, m’améliorer, aider les autres. Transmettre.

Faso dan fani Maison Dassam

Wend-Kuuni, âme de Maison Dassam

Note : J’avais déjà eu le grand plaisir de prendre ma plume aux côtés de Wend-Kuuni  pour vous dévoiler le portrait de Maison Dassam en tout début d’année. L’occasion pour moi de me plonger, le temps d’un instant, dans la culture d’un pays que je ne connais que de nom et d’y découvrir au passage le grand homme qu’était Thomas Sankara. L’occasion, aussi, de partager un moment riche en émotions avec Wend-Kuuni dès le premier jour de l’année.

D’ailleurs, c’est probablement cet échange qui a fait naître en moi un léger goût d’inachevé. Une envie de prolonger l’histoire, encore un peu, en honorant non plus les femmes qui oeuvrent pour Maison Dassam, mais Wend-Kuuni, LA femme qui met toute son âme dans cette marque. Car l’histoire que nous sommes convié(e)s à découvrir, c’est bien sûr celle de cosmétiques et textiles nés de savoir-faire ancestraux, mais aussi – et peut-être même avant tout- celle de Wend-Kuuni, qui l’écrit chaque jour avec tout son amour.

Crédit photo : Maison Dassam

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…