Slow life

Slow life : travailler moins pour vivre plus (heureux)

travailler moins : carnet-la-brocheuse

Jamais je n’aurais imaginé poser un jour sur le papier ces mots, ou plutôt ces maux. Puis il y a eu cet excellent article, « travailler moins, gagner moins et vivre mieux », écrit par Natasha (Échos verts), qui m’a donné envie de prendre ma plume à mon tour tant cette philosophie m’est chère. Et les mots se sont mis d’eux-mêmes à jaillir, encore et encore, comme si je les avais trop longtemps retenus… Car évoquer l’idée de travailler moins pour vivre mieux n’aurait aucun sens pour moi si je n’évoquais pas les raisons qui m’y ont amenée, à commencer par celle dont on prononce encore timidement le nom : le burn-out.

Burn-out : quand le travail devient insupportable

Il y a quelques années, je commençais un nouveau travail, où l’on attendait de moi que je sois dévouée corps et âme. Un travail où les journées étant aussi denses que longues, je me suis vite sentie dépassée, accablée par ce qui m’attendait. Sournoisement, insidieusement, le mal-être s’est installé. Et quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, une ligne avait été franchie. Bien que fatiguée, le sommeil ne me venait plus tant l’angoisse de retourner travailler le lendemain était forte… Ce qui n’a fait qu’empirer immanquablement mon état de fatigue, jusqu’à l’épuisement.

Travailler moins : carnets-la-brocheuse

« Et un jour, il y a les mots de trop »

Et un jour, il y a les mots de trop, ceux qui achèvent de briser les quelques miettes qui restent de nous. Ceux qui nous poussent à rendre les armes. S’ensuivent ensuite de longs mois seule à la maison. On pourrait croire que le fait d’avoir cessé de lutter signerait le début d’une période plus heureuse… 

Hélas non, ce ne sont que les prémices d’un autre cheminement erratique. Les nuits sans sommeil sont toujours présentes, les journées aussi tristes et ponctuées d’une indicible angoisse. La fatigue semble ne jamais vouloir me quitter, tandis que les larmes coulent à flot. Quand elles me viennent, du moins. Le reste du temps, j’erre comme une âme en peine, plus rien ne semblant avoir de sens. Il me faudra plus d’un an pour que les couleurs reviennent sur mon visage et que les sourires ne soient plus feints. 

Une année pendant laquelle les mêmes questions résonnent inlassablement en moi. Sur ce qui s’est passé (aurais-je pu l’éviter ?), bien sûr, mais aussi sur ce qui m’attend : serai-je un jour libérée de cette peur viscérale à l’idée de retourner travailler ?

Burn-out, et après ?

Aujourd’hui encore, j’ai le cœur serré quand je pense à cette période où je n’étais que l’ombre de moi-même. Et à l’heure où j’écris, je ne peux retenir quelques larmes, pas de tristesse, non, car l’heure n’est plus à la tristesse. Simplement, de l’émotion, preuve que la blessure est toujours présente bien que moins vive. 

Néanmoins, cette période fait partie de moi et aujourd’hui je l’accepte car comme de toute épreuve, j’en suis sortie grandie. Les questions sur le passé ? Elles n’ont plus lieu d’être, car j’aurais beau me les poser encore et encore, cela ne m’amènerait rien d’autre que des regrets. Quant à la dernière…

Aujourd’hui, je n’ai plus peur. Désormais, je sais qu’aucun travail quel qu’il soit ne mérite qu’on y laisse des plumes. Et je sais que demain, j’irai bien, car s’il m’a été difficile à surmonter, celui qu’on connaît sous le nom de burn-out a modifié à jamais ma perception du travail.

Travailler moins : carnets-la-brocheuse

Pourquoi choisir de travailler moins pour vivre plus (heureux) ?

Des considérations basées sur notre seule perception du travail…

De ce burn-out, si je ne devais retenir qu’une seule chose, ce serait celle-ci : le travail ne suffit pas à rendre heureux. Oui, il peut être source d’intense satisfaction (personnelle, intellectuelle…) et c’est ce que je souhaite à chacun(e). Tout comme il peut causer notre malheur… Et même si travailler moins n’enlève pas tous les soucis, loin de là, mon leitmotiv est désormais de « travailler pour vivre et non [plus] vivre pour travailler ». Ce qui commence, me concernant, par y consacrer moins de temps (mais du temps de qualité, en revanche).

Pour être honnête, cette envie de m’accomplir (aussi) en dehors de ma vie professionnelle ne date pas d’hier. Très jeune, on attend déjà de nous que l’on sache quel métier (de préférence estimé) on souhaite exercer ! Je n’en avais aucune idée. Eprise de justice, je savais simplement que je souhaitais étudier le Droit. Et si je ne l’avais pas compris auparavant, nos professeurs n’ont eu de cesse de nous répéter que les métiers auxquels nous nous destinions impliqueraient pour nous de ne pas compter nos heures… Ce qui ne m’enthousiasmait déjà guère ! Travailler consciencieusement, viser la perfection dans mes tâches, oui. Y dévouer ma vie toute entière, non.

Peut-être aurais-je envisagé les choses différemment si j’avais eu soif de reconnaissance sociale, mais cela n’a jamais été une motivation pour moi, ce malgré les attentes de la société ! D’aucuns diraient que je n’ai pas d’ambition… Mais à mon sens ce terme ne peut se résumer aux seuls objectifs professionnels. Car oui, j’ai une ambition : être heureuse. Et si cela passe (aussi) par le fait de travailler moins, qu’il en soit ainsi. Car non, le travail ne suffit pas à mon bonheur (bien que j’ai la chance d’exercer aujourd’hui un métier que j’aime, au sein d’une entreprise qui partage mes valeurs).

Travailler moins : carnet-la-brocheuse

… A une perception de la vie prise dans son entièreté

A côtés de ces considérations basées sur notre seule relation au travail, c’est toute une perception de la vie qui amène à souhaiter travailler moins pour vivre plus (heureux), à commencer par une question : qu’est-ce qui est essentiel à mon accomplissement ?

Au jour d’aujourd’hui, ce qui m’importe pourrait se résumer à trois mots : (quête d’) écologie, minimalisme et slow life. Des philosophies de vie à mon sens intrinsèquement liées et qui amènent à profiter chaque jour des plaisirs simples offerts à qui sait les apprécier… Lesquels requièrent de savoir prendre le temps.

Le temps de réfléchir avant de consommer, de renouer avec des gestes pour certains oubliés…

La cuisine est à mon sens l’exemple parfait des bénéfices que l’on retire à prendre le temps : moudre son café, confectionner son lait végétal (…) sont autant de gestes qui permettent véritablement d’agir en pleine conscience. De redonner à chaque chose sa juste place. C’est ainsi que tout un mode de fonctionnement est remis en question, et avec lui la perception de la vie prise dans son entièreté.

Si je travaillais plus, nous aurions certes un niveau de vie plus élevé, qui nous permettrait d’accéder à cette forme de liberté qu’offre l’argent. Et je serai sans doute parfois moins préoccupée. Mais, corrélativement, travailler moins nous permet de consacrer plus de temps aux gestes qui nous importent. Et posséder plus d’argent nous est-il essentiel ? Non. Car ni le bonheur ni la liberté, la vraie, ne s’achètent. Car bien plus que le fait d’avoir un portefeuille bien garni, ce qui nous est essentiel, c’est le fait d’avoir du temps pour faire les choses en pleine conscience et les apprécier pour ce qu’elles sont.

Et vous, quelle est votre relation au travail ?

Crédit photo : Et si deux mains

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…

9 Comments

  1. Quel joli texte où tu ouvres ton cœur … je suis touchée que tu te livres de la sorte. Ta philosophie de vie est un modèle à suivre je trouve même si c’est difficile dans notre société actuelle. L’idee que tu prennes soin de toi me réchauffe le cœur surtout après ce que tu as vécu. Je t’evoie toutes les bon’es Ondes que je peux récupérer pour que tu continue ta route sereinement dans le plus grand des bonheurs !

    Je tnembrasse
    L’emp0tée

    • Oooh merci ma belle <3 ! Je suis très touchée par tes mots doux... Et comme tu le sais en retour je te souhaite du bonheur à n'en plus finir :). Bises

    • Merci beaucoup Pauline, pour tes mots doux, déjà… Et pour la découverte de ton joli blog (ciel, comment est-ce possible que je ne l’ai jamais croisé auparavant au hasard de mes pérégrinations 😉 ) ! Je partage totalement, sans surprise, ce que tu as écrit sur le sujet :).

  2. Ton texte est sublime Marion, bravo pour cet article à cœur ouvert. Tes mots sont tellement bien choisis, ta plume si douce est belle malgré la lourdeur des maux évoqués.
    Je suis profondément touchée, bouleversée par ton témoignage. Tout ce que tu dis est si juste, comme souvent (toujours ?) tes mots me font particulièrement écho et cela me fait du bien de te lire. Merci ♡
    J’aurais beaucoup à dire sur ma relation au travail, j’espère un jour parvenir à poser ces maux…
    Je t’embrasse
    Annabelle

    • Que dire devant tant de gentillesse <3... Un immense merci Annabelle, comme toujours tes mots me vont droit au cœur. Et comme tu le sais je te retourne le compliment ;), on a tant en commun ! Je te souhaite de pouvoir, toi aussi, poser les maux sur les mots, un jour. C'est aussi douloureux que libérateur. Et même plus libérateur que douloureux, une fois que l'on a cliqué sur le bouton "publier". Bises

  3. Alx says

    Merci pour ton texte, j’ai vécu la même chose que toi avec trois années d’arrêt particulièrement violentes psychologiquement.
    Cette sensation d’être désormais calé avec moi même et complètement décalé avec la ‘société’.
    Société qui nous définit par ce que nous faisons et pas par ce que nous sommes.
    Apprendre à se détacher des personnes qui apportent plus de mal-être que de bonheur et conscientiser ses gestes pour apprécier les choses et le temps qui passe ! J’ai régulièrement cette sensation d’être un ovni désormais ! Joli texte et bienvenue dans une vie entière

    • Merci à toi pour ton retour :). Tu soulèves un point très juste, on nous définit pour ce que nous faisons et non ce que nous sommes… Ce qui est fort dommage, nous pourrions tant apporter les uns aux autres si nous dépassions le stade de l’apparence ! Je ne me sens plus un ovni maintenant, même si ça a été le cas après mon burn out, quand j’étais en plein flou. Désormais, quand on me regarde les yeux écarquillés à l’énoncé de mon métier, je souris. Ce métier, j’ai travaillé pour, je l’aime, et même si ma perception de la vie n’est apparemment pas si ordinaire, elle me rend heureuse. Merci pour ton accueil dans cette « vie entière » (ciel, que j’aime cette idée, qui me donne matière à réflexion !) et bon dimanche à toi !

  4. Merci pour ce beau texte.
    A 24 ans, ma relation au travail est très complexe. J’ai travaillé il y a peu dans un commerce qui m’en a fait bavé et qui m’a dégouté. Et puis là, je suis ailleurs, dans un commerce aussi mais qui me convient mieux. Même s’il y a toujours des objectifs et des coups de pression, je n’ai pas le même sentiment.
    Pour autant, je ne m’épanouis pas. Tout est lié à l’argent. J’aimerais revenir à la nature et à tout ce qu’elle peut nous apporter.
    Il y a encore du chemin.
    Mais tu as raison, pendant quelques temps j’ai eu un mi-temps et quel bonheur. 24h au travail, beaucoup plus chez soi et là, c’était le pied ! Nous étions moins riche et moi, j’étais plus heureuse !!

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