Minimalisme, Slow life

Réseaux sociaux : aurions-nous donc perdu la tête ?

réseaux sociaux

En début d’année, Ophélie (Antigone XXI) puis Annabelle (Mademoiselle Coccinelle) – pour ne citer qu’elles – déploraient, l’une pour la dépendance qu’ils induisent, l’autre pour leurs effets sur son estime de soi et ses humeurs, l’impact des réseaux sociaux sur elles. Une lassitude qui semble se généraliser :

force est de constater que les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place importante dans le quotidien de nombre d’entre nous, pour le meilleur et pour le pire. S’ils ne sont que virtuels, ils ont en effet un impact bien réel dont nous n’avons pas forcément conscience. Pourtant, il est fascinant de se positionner en simple spectateur et d’analyser notre propre comportement face aux réseaux sociaux.

Sommes-nous donc tous fous ?

A priori – et heureusement-, non ! Si leurs conséquences délétères au quotidien sont bien réelles, elles ont toutefois une explication rationnelle : nous prendre du temps, notre temps, est l’essence même des réseaux sociaux (et, plus globalement, des nouvelles technologies, dont il semble aujourd’hui bien difficile de se passer…).

Tristan Harris, ancien salarié de Google, estime à des millions le nombre d’heures qui nous sont volées par les nouvelles technologies. Même constat chez Sean Parker, l’un des fondateurs de facebook, qui précise qu’à l’origine des réseaux sociaux, s’est posée la question de savoir « comment consommer le plus de temps et d’attention possible » (*), expliquant que les interactions avec nos publications créent de la dopamine… Qui suscite en nous l’envie de publier encore, ces futures publications entraînant à leur tour plus d’interactions, et ainsi de suite.

En effet, la dopamine est un neurotransmetteur libéré par notre cerveau lorsque l’on éprouve du plaisir. Concrètement, dans le cas des réseaux sociaux, les interactions faites sur nos publications nous procurent une sensation de plaisir qui vient à nous manquer une fois que les réactions s’estompent. Ce qui nous pousse donc à publier encore et encore pour retrouver cette sensation.

réseaux sociaux

Réseaux sociaux : nous ne sommes pas fous… Simplement humains !

La conséquence première, nous la connaissons : nous y consacrons un temps astronomique ! Celui passé à scroller, déjà : il est si facile de se laisser happer par la multitude d’informations qui nous parviennent simultanément… Mais aussi celui passé à y penser. À réfléchir à la création de contenu, à l’organisation de son feed, à l’animation de sa communauté, aux partages qui nous semblent pertinents…

Il est relativement facile de s’astreindre à ne pas scroller pendant des heures. En revanche, il est à mon sens beaucoup plus difficile de contrôler sa pensée. Et finalement, c’est ce qui me dérange le plus : avoir, ou du moins se sentir l’esprit libre m’est essentiel.

Si cette perte de temps était un phénomène anticipé par les créateurs des réseaux sociaux, ils n’avaient semble-t-il pas réalisé les ressentis négatifs qu’ils peuvent susciter en nous.

Le renforcement de la mésestime de soi, face à tant de belles images paraissant si naturelles, si belles. Toujours plus naturelles, toujours plus belles chez les autres. La fatigue mentale générée par cette surabondance d’informations, en tout temps et en toute heure. La diminution de la capacité de concentration amenée par leurs stimulis incessants. Voire, comble de l’ironie, alors même qu’ils ont été conçus pour nous connecter entre nous, un certain repli sur soi… Autant de sentiments négatifs exacerbés par notre présence sur les réseaux sociaux, particulièrement quand celle-ci est intense. Doit-on pour autant leur fermer la porte totalement ?

réseaux sociaux

Pourquoi alors rester présent(e) sur les réseaux sociaux ?

Une première raison objective serait de dire qu’il parait bien difficile – voire impossible ? – pour un blog de subsister, ou du moins d’accroitre son lectorat, sans les réseaux sociaux, qui sont les principaux vecteurs de partages et donc, potentiellement, de nouveaux lecteurs. Et, il ne faut pas se leurrer, tenir un blog, c’est écrire pour être lu(e). Sinon, quel intérêt aurions-nous de diffuser du contenu accessible à tous sur la Toile ? Il nous serait tellement plus simple (et probablement moins chronophage) de poser les mots dans de beaux carnets, à garder pour soi ou à partager, qui sait, avec nos intimes…

Pourtant, cette seule raison n’est pas suffisante : en partant du postulat que nous n’avons pas recours à des pratiques visant à gonfler artificiellement notre nombre d’abonnés, être vu(e) prend du temps et requiert une patience infinie. Si je ne me fiais qu’aux seules statistiques sur « Et si deux mains », à ma seule portée sur les réseaux sociaux, j’aurais sans doute rendu ma plume depuis longtemps ! Mais tout ne se résume pas à de simples chiffres, à la seule raison.

Malgré ces effets néfastes, les créateurs des réseaux sociaux n’ont à mon sens pas totalement échoué : si leur ambition affichée était de nous connecter entre nous, cela me paraît être le cas, d’une certaine manière. Combien de belles découvertes, combien de rencontres passionnantes n’aurais-je pu faire sans eux ?

Cet aspect à lui seul me paraît justifier le fait que l’on ne leur ferme pas totalement la porte, à condition de les utiliser de la manière qui nous semble la meilleure pour nous. Car, bien que l’usage des réseaux sociaux entraîne chez moi de la fatigue, je ne boude pas mon plaisir à vous glisser des mots doux, à découvrir les vôtres, et sors grandie de chaque instant de partage. Et, encore une fois, je vous en remercie du fond du cœur.

réseaux sociaux

Comment les utiliser au mieux  ?

L’une d’entre vous m’a dit il y a quelques jours, concernant l’article dédié publié sur le blog de Note Suave : « le lagom, c’est tellement ton univers ! ». Ces quelques mots m’ont touchée car tendre vers le « ni trop, ni trop peu », trouver le juste équilibre est une philosophie de vie que je souhaite faire mienne et qui me semble sensée s’agissant des réseaux sociaux (bien que leur caractère addictif complique la tâche). J’ai longuement réfléchi à la manière de les gérer au mieux, malheureusement je ne suis pas parvenue à une solution parfaite tant ils sont complexes. J’ai toutefois dégagé deux axes de travail, en fonction de notre préoccupation première :

La perte de temps

Si l’aspect chronophage des réseaux sociaux est celui qui nous hérisse le plus, la mise en place de quelques gestes en permet une gestion plus efficace et donc un gain de temps. Guidée par un désir de minimalisme ‘immatériel » de plus en plus présent, j’en avais déjà évoqué quelques-uns lors de l’éco défi « faire le vide chez soi » initié par Natasha (Echos Verts).

Depuis, j’ai également entrepris de désinstaller facebook et messenger (jugés trop intrusifs) et de désactiver toutes les notifications. Ce que j’y gagne ? Une meilleure concentration doublée d’un petit goût de liberté : je ne me connecte que quand JE le décide, pas parce qu’une quelconque notification a capté mon attention et attisé ma curiosité.

J’envisage par ailleurs de me couper de tous réseaux sociaux en soirée et ainsi profiter pleinement de ces moments destinés au repos de l’esprit.

Il ne me semble pas nécessaire de m’attarder sur ces gestes car Ophélie en a dressé une liste très complète et je ne saurais mieux dire : à vous de trouver celles qui vous correspondent pour reprendre possession de votre temps !

L’impact émotionnel

Concernant l’impact émotionnel des réseaux sociaux, qui est chez moi comme chez Annabelle, proportionnel au temps que j’y consacre, le maître mot est de s’écouter. Si on ne peut nier leur utilité -même relative-, leurs bénéfices doivent supplanter leurs inconvénients !

Hormis leur usage à des fins professionnelles, rien ne nous oblige à y être présent(e) au quotidien, que l’on tienne un blog ou non. Quand l’envie et l’inspiration n’y sont pas, quand le plaisir n’y est plus, se forcer n’est d’aucune utilité. Pire, cela nous pousse à produire du contenu potentiellement moins qualitatif (à nos yeux)… Ce qui induit en nous frustration, démotivation et autres sentiments négatifs.

En ce cas, prendre du recul vis à vis des réseaux sociaux et s’en éloigner permet de se recentrer sur soi-même, ses envies et besoins. Du moins, pour moi, cela fonctionne. J’apprécie le calme intérieur, ce silence, ce vide qui n’en est pas un. La simplicité des « journées sans ». Tout comme j’aime sentir mon esprit se désencombrer pour laisser de nouvelles idées cheminer.

Pour toutes ces raisons, je pense que notre pratique des réseaux sociaux doit autant que possible obéir à notre instinct.

Et vous, comment trouvez-vous votre équilibre dans l’usage des réseaux sociaux ?

Crédit photo : Et si deux mains

(*) Un extrait vidéo de l’interview donnée par Sean Parker est visible sur le site d’Axios (en anglais)

réseaux sociaux

Filed under: Minimalisme, Slow life

by

J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…

3 Comments

  1. Merci pour ce très bel article qui aborde (à mon sens) tout le thème : théorie et pratique. Merci de remettre tout ça en place et d’en avoir fait un article clair.

    Pour ma part, je trouve aussi les réseaux sociaux trop intrusifs si on n’y prend pas garde. On ne sait plus se déconnecter et c’est inquiétant. Il faut prendre conscience de son temps passé sur son téléphone. C’est le plus difficile.

    Je vais aller lire les liens que tu fournis, je suis sûre que c’est une mine d’or.
    D’ailleurs, ils en parlent un peu des réseaux sociaux dans le documentaire dont je t’ai parlé. Tout cela chemine dans ma tête et quel bonheur ! J’ai fait du tri dans mes vêtements, mes bijoux, mes placards qui regorgent de tout et n’importe quoi. Et tout cela c’est grâce à toi. Tout cela est lié.

    Oh et… moi non plus je ne fais pas Dame Oiselle de papier pour les vues. Mais pour le plaisir de partager. C’est finalement tout ce qui compte non ?

  2. J’ai l’impression que ce sentiment est de plus en plus partagé, de voir de plus en plus de posts dans ce sens, et même de la part d’influenceurs qui pourtant vivent grâce aux réseaux sociaux… D’un certain côté je trouve rassurant que les sentiments ambivalents qu’on peut nourrir vis à vis des réseaux sociaux se dévoilent au grand jour, cela permet de se sentir moins seule, mais en même temps je ne trouve pas que ça dissipe totalement le malaise – déjà parce que la plupart des maux liés aux réseaux sociaux restent comme tu l’expliques bien inhérent à leur fonctionnement, et aussi parce qu’effectivement c’est à se demander si on n’a pas perdu la tête… Autrement dit, pourquoi continuer de les utiliser s’ils nous font douter de nous, alimentent un sentiment de solitude, de comparaison, que sais-je… Sûrement bien sûr parce qu’ils permettent aussi beaucoup d’échanges et de belles découvertes comme tu le rappelles. Finalement, peut-être que, comme en société, il faut réussir à trouver le milieu dans lequel on se sent le mieux pour évoluer et se garder de s’exposer à ce qui est « toxique » pour nous (comme on essayerait d’éloigner les personnes toxiques dans la vraie vie !). Plus facile à dire qu’à faire, mais cela fait aussi relativiser la situation, sous cet angle, les réseaux sociaux ne sont finalement plus que le miroir (grossissant) de ce qui caractérise déjà notre relation au monde et aux autres sans écrans.

  3. Hello !

    J’aime beaucoup ton article, je suis tombée dessus en faisant des recherches sur les réseaux sociaux, et, justement, comment les gens se sentent par rapport à cela.
    Je pense qu’on se retrouve tous dans ce que tu écris : les réseaux sociaux sont fait pour que nous passions le plus de temps dessus. Quand même bizarre ! Je me souviens aux débuts de Facebook, je devais avoir 13 ans justement, l’âge « légal » pour avoir un compte, et à cette époque Facebook en était à ses débuts et je pense, à sa meilleur période. Aujourd’hui comme beaucoup de réseau, c’est devenu un peu le fouilli, on trouve tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi). Trop d’informations, de pubs, c’est dommage !

    Ces derniers temps (alors que j’adoooore la méditation) j’ai du mal à en pratiquer car… J’ai toujours envie de checker mon téléphone ! Je trouve cela vraiment horrible en fait d’être attachée comme ça à un objet ! Enfin… Le retour à la nature et à soi est définitivement le plus important !
    Pour mon site, j’hésite encore à ouvrir un compte instagram car je sais que je pourrais passer beaucoup de temps pour rien dessus… pas toujours facile de se contrôler ! 😉

Comments are closed.