Artisanat, Papeterie

Noé Paper, la papeterie à mettre dans nos petits carnets !

De la papeterie éthique, locale et dans son temps, c’est ce que nous propose la jeune marque bretonne Noé Paper. 

Dépassé le papier ? Pas pour Noé Paper ! Cette jeune papeterie bretonne s’est lancé le pari audacieux de dépoussiérer celui que l’on a trop souvent tendance à délaisser au profit de nos claviers. Amoureux de la nature, Noémie et son compagnon ne conçoivent la papeterie que dans sa dimension éco responsable : du choix du papier à celui des encres en passant par la confection, artisanale et locale, tout est pensé pour nous proposer des carnets colorés à l’empreinte environnementale moindre. Voilà de quoi nous donner l’envie de renouer avec le plaisir de l’écriture à la main… Rencontre avec Noémie, à qui l’on doit cette séduisante démarche :

A l’heure du digital, l’on pourrait penser que le papier tombe en désuétude. Pourquoi avoir choisi de travailler ce matériau plutôt qu’un autre ?

L’idée de travailler avec le papier est arrivée petit à petit, au fur et à mesure de ma consommation grandissante de carnets. Je ne trouvais pas de carnets avec du papier de qualité pour dessiner et qui me plaisait visuellement.

Avec l’arrivée des mails, certains ont pensé que les lettres étaient terminées. Aujourd’hui on constate que c’est loin d’être le cas : le support papier reste et restera toujours !

Parce qu’un dessin fait sur ordinateur ne remplacera jamais un dessin fait à la main sur un papier, le carnet aura toujours une raison d’exister. Les personnes dessinent à la main sur des carnets, dans un café, sur un coin de table, debout dans la rue, assis dans un bus… Ses utilisations sont diverses et variées.

C’est pourquoi nous avons misé sur des papiers avec des fibres de première utilisation pour offrir un papier résistant épais et avec un grain délicat qui permet d’utiliser un grand nombre de techniques.

Se placer dans une logique éco responsable globale (choix de l’encre, du papier, des emballages…) entraîne-t-il des difficultés supplémentaires lorsque l’on crée son entreprise ?

Je pense que oui, notamment pour la recherche des matériaux de base. Nous sommes en train de voir pour utiliser une encre végétale. Il est souvent difficile de trouver les fournisseurs et ensuite d’obtenir des informations sur la provenance des matériaux. Beaucoup ne les connaissent pas et nous avons donc mis du temps à trouver des fournisseurs soucieux de l’origine de leurs produits. Ce n’est pas un problème seulement dans la filière papier, c’est un problème général.

Nous avons également souhaité que les matériaux viennent en priorité de Bretagne, puis France et Europe, ce qui a encore compliqué notre démarche.

« Une gestion durable des forêts implique un équilibre entre
l’environnement de la forêt et l’homme »

Le papier que vous utilisez pour vos articles de papeterie est issu de forêts gérées de manière durable. Concrètement, quelles en sont les implications ?

J’ai fait un BTSA Gestion Forestière qui me permet de connaître la filière forestière en termes écologiques, économiques et humains.

Une gestion durable des forêts implique un équilibre entre l’environnement de la forêt et l’homme. Elle permet de maintenir, préserver et restaurer les écosystèmes. Le maintien des écosystème forestiers favorise le développement de la faune et de la flore. La forêt française compte 136 espèces d’arbres, ce qui en fait la plus variée d’Europe.

Pour notre recherche de papier, c’était l’un des premiers critères, indispensable à la création de la papeterie qui nous ressemble.

Dans le monde, 35 % des forêts certifiées sont en Europe. Plus de la moitié des forêts d’Europe est certifiée.

papeterie éco responsable Noé Paper

« Le fait d’utiliser des bois d’éclaircie favorise la filière
bois et la croissance des forêts »

Vous mentionnez utiliser du bois d’éclaircies pour fabriquer le papier à partir duquel vos carnets sont confectionnés. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est et en quoi cela permet de limiter votre impact environnemental ?

Les éclaircies sont des coupes de bois qui ont lieu dans toutes les parcelles forestières, à intervalles réguliers selon les essences, tout au long de la croissance des arbres.

Par exemple, pour une essence d’arbre, les coupes peuvent être tous les 5, 10, 15, 20, 30, 40, 50 ans… jusqu’à la coupe finale de bois à maturité des arbres (60 à 150 ans selon les essences d’arbres).

Les coupes d’éclaircies sont une nécessité pour le développement de la forêt, elles lui permettent de s’accroître en bonne santé.

En forêt, les arbres sont laissés serrés lorsqu’ils sont petits (lors de plantation ou régénération naturelle) afin qu’ils soient dans une ambiance forestière dès tout petit et qu’ils restent bien droits. Le fait de les laisser serrés a avant tout une vocation économique pour faire des bois droits et donc de qualité.

Les éclaircies qui ont lieu visent à sélectionner les arbres lors de leur croissance pour couper les moins beaux et ainsi permettre aux plus beaux de pousser. Les arbres cherchent la lumière pour grandir et faire leur photosynthèse. Si on les laisse trop serrés, ils se gênent entre eux et dépérissent, d’où la coupe d’éclaircie.

Les bois d’éclaircie sont souvent valorisés dans la filière pâte à papier car les bois sont divers et petits donc peu valorisables pour des filières plus « nobles » comme la menuiserie ou la charpente.

Chaque année en Europe, les forêts augmentent de 500 000 hectares parce que seulement 64 % de l’accroissement annuel est prélevé. En France, la forêt grandit chaque année de 40 000 hectares, ce qui fait d’autant plus d’espace pour la faune et la flore.

Le fait d’utiliser des bois d’éclaircie favorise la filière bois et la croissance des forêts. En Europe, pour chaque arbre coupé, 5 arbres sont replantés pour assurer le renouvellement de la forêt et la pérennité de la ressource bois. Les arbres stockent du C02, d’autant plus lors de leur croissance, lorsqu’ils sont jeunes.

Ce papier issu de fibres de première utilisation permet d’obtenir du papier qualité.

papeterie éco responsable Noé Paper

« Le papier n’est pas un matériau recyclable à l’infini »

Le papier recyclé peut également être de qualité mais la pâte à papier est systématiquement mélangée avec une pâte de fibres de première utilisation, ce qui est peu mis en avant. Ce n’est pas un matériau recyclable à l’infini car les fibres de bois se cassent lors du recyclage.

Plus il est recyclé sans ajout de nouvelle pâte, moins il se tient et plus il est fragile (le crayon passe à travers) ! Il ne peut être recyclé que 5 fois au maximum (3,5 en moyenne en Europe). Au-delà, il n’est plus utilisable.

A noter également que les papiers recyclés entraînent aussi un coup environnemental qui est d’autant plus important si la filière n’est pas certifiée avec l’utilisation notamment de solvants chimiques peu impactants afin de blanchir le papier.

Une pâte faite avec du papier blanc et de l’encre noire ne peut donner que du gris. Le choix du papier dépend de l’utilisation que l’on veut en faire. A titre personnel, j’utilise du papier recyclé pour imprimer les documents administratifs.

Pour conclure, choisir des bois d’éclaircies, en tant que papeterie, permet de favoriser l’augmentation de la forêt, stocker du CO2, maintenir et augmenter la biodiversité des écosystèmes.

Mon parcours me permet d’avoir un regard éclairé sur les problématiques environnementales.

 J’ai fait un BTSA Gestion Forestière, suivie d’un master en biologie, écologie et gestion des populations et des écosystèmes. Puis, j’ai ensuite travaillé en tant que Chef de projets spécialisée en problématiques environnementales (gestion des milieux, des populations animales et végétales, gestion des eaux, déchets,…).

De quelle manière la technique de la sérigraphie contribue-t-elle à cette démarche éco responsable ?

La sérigraphie est une technique qui a peu d’impact sur l’environnement, d’autant plus lorsqu’ elle est faite à la main comme nous. Ici, pas de machine, de mécanique et autres instruments qui nécessitent des moteurs, huiles et essence.

Elle consiste à imprimer comme avec un pochoir. La sérigraphie manuelle a seulement un impact au niveau des encres et des produits de dégravage d’écran.

Pour nos carnets, nous avons choisi d’imprimer avec des encres à eau pour que tous nos outils d’impression (écrans, spatules…) soient simplement nettoyés avec de l’eau. Les eaux de dégravage sont à récupérer pour être ensuite traitées. Nous essayons au maximum de limiter le dégravage de nos écrans en augmentant notre nombre d’écrans pour garder nos motifs et visuel à réimprimer.

Par ailleurs, nous sommes en train d’étudier la possibilité d’obtenir une certification écologique de notre processus d’impression.

papeterie éco responsable Noé Paper

Vous sérigraphiez le papier à l’aide d’encre à l’eau. Quels sont les impacts environnementaux et sanitaires de ce choix ?

Pour les encres, nous avons fait le choix d’utiliser des encres à eau pour limiter leur impact. Ici, seuls les pigments et une faible partie (- de 5 %) de l’encre ne sont pas naturels et peuvent avoir un impact sur l’environnement si elles sont rejetées dans l’environnement.

Nous avons testé des encres végétales mais leur résistance au frottement et à l’humidité n’était pas convenables et pouvait tâcher ce qui entrait en contact. Nous attendons les prochains mois pour trouver une solution sur papier.

Je reviens d’un stage de teinture végétale sur tissus, malheureusement les techniques ne sont pas transposables sur papier. 

Et demain ? Développer notre démarche en tant que papeterie éco responsable

Pour finir, et si deux mains pouvaient changer demain, que feriez-vous ?

Nous souhaitons développer notre démarche au niveau des encres pour rendre notre papeterie encore plus responsable. Dans ce but, nous allons voir pour développer des encres encore plus écologiques.

La démarche écoresponsable est de respecter au mieux ce qui nous entoure, notre environnement, et de toujours chercher à augmenter ce mieux, en sachant qu’atteindre un idéal est une quête sans fin.

Nous allons proposer, aux côtés de nos articles de papeterie, d’autres objets, en bois et en tissus dans les prochains mois sur d’autres supports avec une démarche tout autant responsable que maintenant mais autant que faire se peut, encore plus efficace.

Nos bois seront issus d’éclaircie et élagage de forêts Bretonnes et Normandes.

Pour les tissus, nous souhaitons développer des produits teintés à la main avec des encres végétales et imprimés en sérigraphie avec des encres végétales également. 

Nous souhaitons valoriser les déchets organiques pour fabriquer nous-mêmes nos encres végétales pour textile qui seraient presque 100 % végétales. 

Ce projet va prendre du temps mais il nous parait indispensable pour compléter notre démarche.

Alors, prêt(e) à reprendre votre plus belle plume ?

Crédit photo : Et si deux mains

Note ❤ : Si je passe bien plus de temps derrière mon clavier qu’avec mes petits carnets, j’étais vraiment désireuse d’en savoir plus sur Noé Paper, qui véhicule des valeurs qui m’importent : une démarche sensée, qualitative, locale et respectueuse de l’environnement.  Plus généralement, j’étais avide de comprendre comment on peut concilier la fabrication d’un produit que l’on pointe souvent du doigt pour son impact environnemental… Et, justement, une démarche éco responsable. Aussi je remercie Noémie du fond du cœur pour cette interview riche en découvertes, qui suscite en moi l’envie de m’adonner à nouveau au plaisir de l’écriture à la main… Avec mes jolis carnets Noé Paper, bien sûr ! Au plaisir de la retrouver d’ici quelques semaines pour papoter sérigraphie

Filed under: Artisanat, Papeterie

by

J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…