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Olivia Zeitline : “Mon intuition m’a toujours guidée”

Olivia Zeitline, écrivaine, se laisse guider par son intuition

Entendez-vous cette petite voix ? Ce fragile bruissement, presque imperceptible, qui ne demande qu’à grandir en nous. Un bruissement que parfois nous étouffons avec force tant ce qu’il nous murmure nous paraît improbable, tant il semble aller à l’encontre de nos propres croyances… Un bruissement qui pourtant nous offre de laisser de côté les attentes sociétales, familiales (…) auxquelles nous pensons devoir répondre, pour porter notre attention seulement sur nos propres attentes envers nous-mêmes ; pour remettre en perspective ce qui est juste pour nous. C’est ainsi que d’autres fois, nous laissons ces mots se déposer en nous pour ensuite mieux nous en saisir car, sans pouvoir nous l’expliquer, nous en percevons la justesse. L’entendez-vous, cette petite voix nous soufflant doucement “Et si…” ? Et si nous oubliions, le temps d’un instant, tout ce que nous pensions savoir pour nous laisser, simplement, guider par celle que l’on appelle notre intuition ?

Les premières fois, on se sent tel un équilibriste sur un fil, oscillant entre le plaisir de nous être abandonné à nous-mêmes et la peur de nous ouvrir à un monde jusqu’alors inconnu. Pourtant, même elle secoue nos croyances, même si elle semble prendre un malin plaisir à nous entraîner hors des sentiers battus, jamais notre intuition ne nous trompe. Et, bien souvent, on en fait l’amère expérience quand on revient sur ces moments où on l’a faite taire… Olivia Zeitline, auteure de “Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête” et “Là où chante l’étoile”, elle, a choisi de saisir au vol cette main que lui tendait cette petite voix. D’intuitions en intuitions, elle nous entraîne dans une balade sur le chemin qui a guidé ses pas jusqu’aux portes de sa maison d’édition :

❝Je pense que mon intuition m’a toujours guidée.❞

Pourtant, je ne l’ai vraiment conscientisée qu’en  2013. A l’époque, je lisais beaucoup sur ce sujet qui me passionnait et cela m’a aidée à remarquer son existence. Je dirais que le plus important – mais aussi le plus difficile – au début est de penser à son intuition, de prendre le réflexe de lui poser les questions. En effet, nous sommes plus habitués à raisonner sur ce qui nous arrive pour trouver les solutions. Je précise que, pour moi, écouter son intuition ne veut pas dire non plus abandonner tout raisonnement logique, mais, simplement, trouver son juste équilibre entre les deux. Passionnée par l’étude des coïncidences depuis 2010, j’ai aussi commencé à mettre en pratique la façon dont je pouvais suivre les signes dans ma vie. Cela s’est fait tout seul car les coïncidences ne se commandent pas : elles arrivent souvent quand on s’y attend le moins !

Début 2014, il y a eu une fuite d’eau dans l’appartement où j’habitais et je me suis demandée ce que cela voulait me dire. J’ai alors eu une sorte de fulgurance qui m’a dit “Réécrire c’est fini”. Cela a été un gros choc pour moi… En effet, j’étais très attachée à ce projet, comme à une sorte d’avatar faisant partie de moi. Je me suis à nouveau retrouvée totalement dans le vide… Je n’avais plus mes expositions, ni mon blog, seulement de la communication digitale pour des clients. Pourtant, je sentais que j’avais aussi besoin de créer pour moi ! Evidemment, j’ai encore eu le droit au discours de mon entourage : “Tu vois que tu arrêtes quand ça marche, même l’écriture !”

J’ai passé deux mois sans trop savoir ce qu’il allait se passer… Et, un matin, je me suis réveillée avec la certitude que je devais écrire des phrases de poésie.

Ⓒ Olivia Zeitline (texte) – Montage Et si deux mains

❝Mon intuition me disait : “Réécrire est fini car tu dois désormais signer en ton nom ”!

J’ai alors écrit plus de quatre-cents phrases en quelques mois… Et puis, en 2014, une amie qui travaillait aux éditions des Escales m’a demandé de réaliser l’interview du biologiste Jean-Marie Pelt pour le livre de Trinh Xuan Thuan, “Face à l’univers”. Cela a été un honneur pour moi de rencontrer ces deux hommes que j’admirais. L’interview avec Jean-Marie Pelt a été très forte en émotions et l’on s’est très bien entendus.

Un matin, quelques mois après la sortie de ce livre, je me suis levée avec l’idée d’aller acheter un stylo (un Posca noir) pour écrire mes phrases à la main. Comme j’adore la typographie, cela me paraissait être la continuité artistique de mon projet. J’ai donc attendu donc que la librairie ouvre (à l’époque j’habitais à Oberkampf), puis j’y suis allée en riant de ce que mon intuition me faisait encore faire… Quand je suis arrivée à la caisse pour payer, j’ai aperçu un livre appelé “Phrases positives”. Je me suis dit : “quelle coïncidence, c’est comme cela que je voulais appeler mon projet de phrases au début”. J’ai remarqué que cet ouvrage était édité aux éditions du Chêne, puis je suis partie.

Une fois arrivée chez moi pour écrire, j’ai réalisé que le feutre était blanc… Et qu’il ne marchait pas ! Je me  suis demandé ce que cela voulait me dire et j’ai ressenti que j’étais peut-être allée à la librairie pour tomber sur ce livre. Je suis donc allée voir le site internet des éditions du Chêne et là, j’ai vu que leur auteur phare n’était autre que Jean-Marie Pelt ! Une deuxième coïncidence…

Olivia Zeitline, écrivaine, se laisse guider par son intuition
Ⓒ Pexels (licence cc0)

❝J’ai alors senti monter en moi une émotion forte , comme si quelque chose était en train de s’ouvrir dans ma vie.❞

J’ai immédiatement envoyé un mail à Jean-Marie Pelt pour lui demander les coordonnées de cette maison d’édition afin que je leur montre mon projet de poésie… Il m’a rappelée deux heures après. Il avait déjà contacté la directrice éditoriale pour lui dire tout le bien qu’il pensait de moi… Tout de suite, j’ai sélectionné la centaine de phrases que je préférais, tremblant de tout mon être : le tout ne faisait que deux pages Word… Je me sentais tellement illégitime, me disant que je ne pouvais pas décemment contacter une maison d’édition avec si peu de contenu ! Au bout de plusieurs jours, j’ai enfin réussi à les appeler.

Lors du rendez-vous avec la directrice éditoriale, elle m’a félicité de la qualité de mes phrases, mais elle trouvait qu’il manquait quelque chose. Au bout de quelques mois, j’ai réalisé qu’il manquait l’histoire d’une héroïne pour illustrer ces phrases… Mon premier roman était né ! A chaque début de chapitre, se trouve une phrase issue de mon projet de poésie initial. Mon deuxième roman, “Là où chante l’étoile” (paru le 29 mai), comporte aussi ces phrases en début de chapitre… C’est devenu comme une marque de fabrique !

Et, évidemment,

Extrait du roman "Et j'ai dansé pieds nus dans ma tête", Olivia Zeitline
Ⓒ Olivia Zeitline (texte) – Montage Et si deux mains

❝Mes romans parlent d’intuition, de coïncidences, de chemin de vie. De suivre ses rêves.❞

C’est en 2015 que j’ai rencontré ma maison d’édition. A ce moment-là, je faisais toujours de la communication digitale en freelance. Un jour, l’un de mes clients, dont je gérais la newsletter, m’a appelée en me disant qu’il ne comprenait pas pourquoi l’un des abonnés ne recevait rien… C’était effectivement un énigme informatique et il n’y avait rien à faire pour qu’il reçoive les mails. Ma voix intérieure me disait que cet événement était le signe que je devais entrer en contact avec cet homme…

Ne sachant pas trop quoi lui dire, j’ai engagé la conversation, un peu gênée, riant toujours intérieurement de ce que mon intuition me faisait faire… On s’est très bien entendus et on est restés en lien sans nous voir car nous étions tous deux très occupés. Quelques mois plus tard, il m’a envoyé un message pour me dire qu’il devait me présenter son père car celui-ci cherchait de jeunes auteurs pour la maison d’édition Solar.

C’est ainsi qu’en janvier 2016 j’ai rencontré Suyapa Hammje, la directrice éditoriale des éditions Solar. Cette rencontre restera longtemps dans ma mémoire car elle trouva mon parcours de vie très beau là où je pensais qu’il pouvait paraître très décousu…  Immédiatement, elle crut en mon projet.

Olivia Zeitline, écrivaine

❝Un an et demi plus tard, mon premier roman, “Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête”, voyait le jour…❞

Note : Qu’il semble parfois difficile d’écouter cette petite voix si prompte à bousculer nos croyances… Pourtant, comme Olivia, je pense qu’elle m’a toujours guidée. Et, comme elle, je ne l’ai conscientisée que récemment, quand j’ai cessé de lutter contre elle ; quand j’ai finalement osé l’écouter. Et ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai réalisé qu’elle était là toutes ces fois où je ressentais une dissonance ; entre ce que je souhaitais vraiment et ce que je faisais ; où je sentais que je rentrais dans le moule des attentes extérieures au détriment des miennes ; qu’une situation ou une personne n’était pas juste pour moi (ce qui était inéluctablement le cas, avec pertes et fracas). Oui, notre intuition nous pousse toujours à l’improbable. Oui, elle semble souvent déraisonnable. Pourtant, Olivia offre un parfait exemple de l’infini champ des possibles qu’elle nous ouvre quand on la suit en confiance sur un chemin parfois rocambolesque…

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