LES ECLAIREUSES
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Olivia Zeitline, l’irrésistible appel des mots

Olivia Zeitline, écrivaine, se livre sur l'appel des mots

La matière. Elle est tangible pour les papetiers, céramistes, ébénistes et autres artisans d’Art. Mais quelle est-elle pour un écrivain ? Serait-ce le papier que l’on palpe avec tendresse avant d’y déposer quelques mots tout droit venus de notre âme ? Ou peut-être que la matière, la vraie, la brute, ce sont les mots. Parfois, un seul mot, glissé sur le papier, jeté à la volée, a le pouvoir de changer notre vie.

Il y a des mots qui figent et des mots qui brisent. Ceux qui laissent derrière eux une nuée de regrets ou une traînée d’amertume. Ceux dont on ne sort pas indemne, nous infligeant une blessure que l’on passera peut-être toute notre vie à panser, sans jamais oublier. Et, à côté de ces mots durs, il y a les mots doux, comme « amoureusementremêlés ». Les confidences murmurées à une oreille bienveillante. Celles, intimes mais pourtant partagées avec courage, de femmes inspirantes. Les mots qui nous font esquisser un sourire ; ceux qui font naître l’émotion, résonnant en nous si forts qu’ils nous font verser une larme, retenue d’une main tremblotante ; ceux dont la valse nous fait vibrer jusqu’au plus profond de notre âme.

❝ Et quand ces mots ne demandent qu’à jaillir de nous, il est impossible de résister à leur appel ❞

En témoigne Olivia Zeitline. L’auteure de “Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête” et “Là où chante l’étoile” a d’abord virevolté pendant plusieurs années de métiers en métiers, telle une acrobate. Avec, en toile de fond, une envie lancinante d’écrire qui montait en elle, qu’elle a d’abord tenté de maîtriser. Mais qu’il est difficile de résister à un désir venu du plus profond de nos entrailles… À chaque nouvelle expérience, son envie de déposer ses mots ne faisait que croître inlassablement, jusqu’à devenir irrésistible. Retour sur le chemin qui a guidé les pas d’Olivia vers l’écriture :

Olivia Zeitline, écrivaine et curatrice
Vue d’exposition (organisée par Olivia Zeitline), Barbershop, Paris –
Sculpture en papier par Daï Daï Tran

❝J’étais une petite fille sans cesse en mouvement…❞

Voire un peu cascadeuse ! Par exemple, je faisais le tour complet de la balançoire… C’est devenu une sorte de légende que mon père adore raconter pour faire rire tout le monde. Et puis, j’avais des obsessions… Quand je regardais un film je le passais en boucle jusqu’à connaître chaque parole par coeur, pour pouvoir ensuite le raconter à ma façon en changeant des éléments. J’aimais déjà raconter des histoires ! L’eau était mon élément : j’ai passé les trois premières années de ma vie en Angola, où mon père était expatrié et je passais plus de temps dans l’eau que dehors ! Les baignades et le sable chaud me réconfortent encore aujourd’hui.

En grandissant, je suis devenue plus réservée et sage. J’étais souvent dans mon imaginaire, où j’allais me réfugier quand les choses étaient difficiles. Je passais des heures et des heures à inventer de nouvelles histoires à ma vie qui était parfois un peu dure. Á l’école cela n’a pas toujours été simple… J’avais du mal à avoir des amis, j’étais souvent seule, rejetée. Les autres enfants me jetaient des cailloux… Par contre, à la maison, je me sentais bien avec mes parents, mes deux soeurs et mon chien !

J’adorais les animaux et le jour où j’ai eu Melba, une belle labrador beige, a été un des plus beaux jours de ma vie. Ensuite, j’ai commencé à monter à poney et ça a été une révélation : les chevaux sont devenus ma passion. Quand des événements très douloureux me sont arrivés à l’adolescence, dont je n’avais parlé à personne à l’époque, ce sont eux qui m’ont aidé. Enfin, mon grand-père russe me surnommait “Olivia, la petite plume”. Déjà à l’époque, il avait une bonne intuition !

Dessins signés Alex & Marine, Exposition Réécrire
Vue d’exposition (organisée par Olivia Zeitline), Couvent des Récollets, Paris –
Dessins par Alex & Marine

❝Je me vois comme une funambule, une trapéziste qui fait des figures dans son chemin de vie.❞

Dès qu’il y a une décision à prendre en dehors des sentiers battus, j’y vais à fond en m’amusant. En cela, je crois que j’ai gardé mon âme d’enfant “acrobate”. Toutes les fois où j’ai quitté des activités professionnelles qui ne me convenaient plus, quitte à ne plus avoir d’argent ; où j’ai laissé un logement, sans trop savoir où j’irai dormir ; décidé de partir en voyage sans savoir quand serait le retour ; de ne faire qu’écrire sans savoir ce que l’avenir me réservait… Je ressentais en moi l’appel de cette voix de l’enfance, que je nomme “intuition” dans mes romans, mais qui pourrait aussi être celle de l’âme…

Au cours de ma vie, j’ai quitté plusieurs métiers. En fait, je n’ai pas arrêté de quitter des métiers jusqu’à ce que j’arrive enfin à l’écriture… D’abord, j’ai étudié le Droit pendant sept ans. J’ai aimé ce domaine tant qu’il s’agissait de rédiger des dissertations et tant que j’avais la liberté de m’organiser comme je le souhaitais. Je n’allais que très peu en cours, j’apprenais seule dans les livres et cela me réussissait très bien, j’avais d’excellentes notes. Cependant,

❝ Mon premier stage en cabinet d’avocats a été un électrochoc.❞

J’ai totalement rejeté la réalité du métier, même si j’ai quand même décidé d’aller jusqu’au bout de mes études. J’ai obtenu du premier coup le concours d’entrée à l’école du Barreau de Paris et, pendant mon année de stage obligatoire, j’ai réussi l’exploit de passer mes six premiers mois de stage sur la création d’un magazine internet de science et esotérisme que j’avais créé avec des amis et pour lequel on avait intégré l’incubateur de l’ESSEC.

C’était une formidable expérience car, si je me suis occupée de mentions légales, j’ai aussi un peu appris à coder, écrit mes premiers articles – dont le plus lu portait sur l’astronaute Edgar Mitchell – et initiée au Web marketing (qui n’en était alors qu’à ses débuts) avec la communauté des sites internet dédiés aux Ovnis et phénomènes extraordinaires. Puis, j’ai du finir mon année de stage en cabinet d’avocats. J’ai réussi à me reconvertir en droit Internet mais je n’aimais pas plus… Que ce soient les avocats ou les stagiaires, tout le monde avait compris que je n’étais pas faite pour ce métier et tous me soutenaient. Et, un après-midi, j’ai pris un stylo et j’ai écrit pendant des heures en pleurant de joie.

Olivia Zeitline, écrivaine
Olivia Zeitline – ⒸDominique Filhol

❝Je savais que je voulais devenir écrivain, mais je ne savais pas comment m’y prendre.❞

Je ne me sentais tellement pas légitime ! Alors j’ai créé un premier blog du nom de Hors-Pistes et, dès que j’ai eu mon diplôme d’avocat, j’ai décidé de ne pas prêter serment et de ne pas postuler dans des cabinets. Cela a été une véritable libération : j’attendais ce moment avec impatience depuis des mois ! Je ne l’ai pas vécu comme une nuit noire de l’âme, au contraire, je me sentais revivre ! J’ai eu la chance d’être soutenue par ma mère, qui ne me comprenait que trop bien. En effet, elle-même avait fait Sciences Po, puis travaillé dans le recrutement avant de monter une école de décoration… Pour enfin devenir peintre. Elle connaissait cet appel auquel on ne résiste pas et elle m’a hébergé dans son atelier de peinture.

Je pouvais également compter sur le fervent soutien de mes deux petites soeurs, Julie (illustratrice qui sort un livre sur le droit des enfants) et Elena (apprentie potière en Irlande et en cursus de danse médecine). Sans elles, je ne sais pas si j’y serais arrivée ! A cette époque, j’ai donc passé six mois dans un ancien entrepôt, au milieu des pots de peinture et des pinceaux, à dévorer des livres spirituels (j’étais déjà passionnée par ces sujets à l’époque et c’est là que j’ai découvert les travaux de Deepack Chopra et de Régis Dutheil sur les coïncidences).

❝Comme des compulsions, j’écrivais des poèmes façon slam en  versant des larmes de joie.❞

A l’époque, ma mère faisait du street-art, elle m’a présenté des artistes de rue merveilleux qui m’ont fait rencontrer, début 2010, les patrons d’un bar hip-hop dans le 11ème à Paris, le Barbershop. Ceux-ci m’ont immédiatement fait confiance et m’ont proposé de monter des expositions dans leur lieu. L’aventure m’a tout de suite parue intéressante et, si cela n’était pas de l’écriture, cela m’amusait d’aller rencontrer des artistes. Mon meilleur outil a alors été mon intuition. Je découvrais de jeunes graphistes, plasticiens au flair et de nombreux sont devenus assez connus depuis !

Mon concept était de monter des expositions collectives avec une performance le soir du vernissage. Je m’occupais de tout, aussi bien de la direction artistique que de la partie technique de l’accrochage des oeuvres, que de l’écriture des dossiers de presse jusqu’à la communication. Les événements ont rencontré un fort succès et j’ai alors fait voyager le concept dans d’autres lieux à Paris (Couvent des Récollets, Centquatre, La Bellevilloise…). En parallèle, je faisais aussi de la conception de sites internets et de la communication digitale pour des clients…

Page d'accueil du blog Réécrire, tenu par Olivia Zeitline
Page d’accueil du blog « Réécrire »Graphisme par Fakepaper

❝Mais, alors que mes expositions étaient florissantes, j’ai senti que je devais arrêter pour me remettre à écrire…❞

Certaines personnes de mon entourage me disaient : “à chaque fois que quelque chose marche, tu l’arrêtes”. Du reste, j’ai souvent eu des doutes difficiles à dépasser, mais une force presque irrépressible me poussait à continuer à croire en cette voix intérieure, douce et rassurante, qui me disait que même si je ne voyais pas la suite de mon itinéraire, un beau paysage m’attendait. Je me suis mis à développer le blog Réécrire, en hommage au livre “Écrire“ de Marguerite Duras que j’adore.

Au début, j’y proposais des interviews d’artistes et de philosophes tels que Cyril Dion, Danièle Flaumenbaum. Puis, petit à petit, j’y ai posté de plus en plus d’articles personnels sur des sujets de société comme “Prendre le temps de ralentir le temps”, “Et si nous devenions contents d’être en manque ?” ou encore “Le sens du hasard”. Chacun était illustré par des images d’un artiste. Le blog a eu beaucoup de visiteurs et a gagné un Golden Blog Awards dans la catégorie culture graphique. J’ai alors fait un discours à l’hôtel de ville devant plus de deux mille personnes en expliquant l’importance de toujours suivre ses rêves… J’avais la voix tremblante et j’étais stressée, mais c’était un moment magique que je n’oublierai jamais.

Flyer du blog Réécrire, tenu par Olivia Zeitline
Flyer du blog RéécrireGraphisme par Fakepaper

Et les mots dansent à l’unisson…

Note : Certaines rencontres ne sont vouées qu’à être éphémères. Elles se vivent dans l’instant, d’un sourire échangé, de quelques mots partagés, de deux corps qui se frôlent. La seconde d’après, elle semblent déjà presque oubliées. D’autres, bien qu’inattendues, ont quant à elles la douce saveur des rendez-vous mémorables. Ma rencontre avec Olivia est de celles-ci, de celles dont on sent qu’elles n’ont rien du hasard. Je pressentais déjà que nous étions unies par l’amour des mots. Mais ce que je ne savais pas en revanche, ce sont les synchronicités qui nous rapprochaient encore.

Mêmes études, même façon d’étudier, mêmes corps de métiers pour certains… Et surtout, surtout, même rapport à l’écriture. Un attrait irrésistible pour notre plume qui, dès qu’on la délaisse quelques temps, se réveille avec force, appelant à ce qu’on s’en saisisse à nouveau. Cette plume qui n’a de cesse de nous ramener sur le chemin de vie qui est le nôtre dès que nos pas semblent s’en éloigner. Et faire danser nos deux plumes à l’unisson, ne serait-ce que le temps d’un instant, est un plaisir auquel je n’aurais jamais cru goûter un jour, ce qui ne le rend que plus délectable.

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…

2 Comments

  1. Patie says

    Je vibre par la similitude du ressenti d’absorption de l’appeL à l’écriture. J’ai résisté durant 15 ans avant de l’accepter. Eh puis je ne suis faite que d’écriture. Je me suis laissée guider par cette écriture et un roman d’aventure de 560 pages en est apparu en cours de publication… Mes personnages m’ont guidée littéralement. L’ame Agit ✨ J’ai suivi le travail d’écriture d’Olivia sur les réseaux sociaux, lu ses deux ouvrages et je suis touchée par son avancée. C’est agréable de pouvoir lire son travail après avoir suivi son travail sur le manuscrit.
    Merci pour votre bel échange c’est une jolie envolée et si demain nous appartenait déjà !
    Des bises patie.

    • Magnifique. Merci Patie pour ces mots qui s’envolent auprès des nôtres et que je vais laisser se déposer doucement en moi, comme si demain nous appartenait déjà ;)… Quand sera publié ton (premier ?) roman ?

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