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Kahobas, sérigraphie textile inspirée d’ailleurs

pochette Kahobas sérigraphie textile

Désir d’évasion, soif de découvertes ou envie de se rendre utile… Quelles que soient les raisons qui nous poussent à partir, on en revient toujours grandi(e), d’une manière ou d’une autre. Souvent, de retour sur nos terres d’origine, ces voyages ne deviennent plus que des souvenirs à chérir. De ceux que l’on garde précieusement en nous et qui mettent du baume au cœur quand le quotidien se fait trop terne. Mais parfois, ce qui devait n’être qu’une simple escapade nous impacte si profondément qu’on se surprend à vouloir retenir ces souvenirs de la main pour que jamais ils ne s’estompent… C’est ainsi que naissent de fabuleuses marques mêlant savoir-faire d’ici et inspirations d’ailleurs, comme l’atelier de sérigraphie textile Kahobas :

«  C’est un certain militantisme, certes un peu crédule, qui m’a poussée » à faire des études de solidarité internationale

Pourquoi avoir fait des études de solidarité internationale ?

Mes années lycée ont été déterminantes dans ce choix. Mes goûts musicaux, mes lectures, mes sorties et mes premiers engagements associatifs étaient toujours orientés vers l’ailleurs et particulièrement l’Afrique de l’Ouest. C’est un peu bateau mais voir des films comme Bamako ou écouter Dobet Gnahoré & Tiken Jah Fakoly implique forcément qu’on s’intéresse aux destins de pays comme le Burkina Faso, à Thomas Sankara, à la mondialisation dévastatrice…

Mon grand frère y est aussi pour quelque chose : je lui dérobais ses livres et recopiais les slogans qu’il notait dans sa chambre d’ado. Alors au moment de choisir mon orientation post-bac, j’ai poussé la porte du CDI de mon lycée, me suis installée derrière un PC et j’ai tapé 2 mots clés : école – développement.

Un moment dont je me souviendrai toujours… Je suis alors tombée sur le site web d’une école privée qui n’a pas lâché mon esprit tellement elle me parlait, me stimulait : l’école de commerce et développement 3A (Afrique, Amérique Latine, Asie) à Lyon. C’est donc un certain militantisme, certes un peu crédule, qui m’a poussée dans cette voie juste après mon bac, obnubilée par l’humanitaire et le développement.

Pochette Kahobas sérigraphie textile

« La création et le développement d’entreprises locales et formelles participent au vrai développement d’un pays »

A Haïti, Madagascar puis en Mauritanie, tu as aidé des artisans à créer puis développer leur entreprise. Imaginais-tu alors devenir toi-même artisane un jour ?

Absolument pas. L’idée est née d’un concours de circonstances m’ayant amené à vouloir créer ma petite marque, pour rire mais quand même pour de vrai ! Une fois le concept original de la sérigraphie découvert à Nouakchott grâce à des copains nous ayant amenés dans un atelier, j’ai souhaité donner vie à ma petite entreprise à notre retour en France car nos nouvelles conditions de vie me l’imposaient. En effet, j’allais me retrouver avec mon conjoint dans une maison immense dans le Jura, un territoire totalement inconnu. J’avais donc du temps et de l’espace à investir pour ne pas louper cette nouvelle « expatriation ».

J’avoue aussi un grand désir de liberté car je rêvais à l’époque de créer mon propre emploi et de passer mes journées dans mon atelier à travailler pour mon compte. Le comble de l’épanouissement professionnel et personnel ? J’attends un peu avant de répondre avec assurance à la question !

Qu’as-tu appris au contact de ces artisans du bout du Monde ?

De nouvelles convictions

Au départ convaincue que la coopération internationale et l’aide au développement étaient un remède à la globalisation, j’ai très vite compris qu’ils n’étaient qu’un palliatif pour les pays qui trinquent aujourd’hui alors qu’ils vivaient mieux avant cette décadente dérégulation. Si les règles du jeu (commerciales notamment) changeaient, si nos gouvernements le voulaient vraiment, nous n’aurions pas à arroser à coups de millions dérisoires des dizaines de pays contraints de se faire spolier leurs richesses et d’accepter les miettes qu’on leur laisse via la coopération.

Je suis donc passée du côté des défenseurs de l’action d’urgence mais surtout très convaincue que le plaidoyer est une arme véritable pour tenter de rétablir des règles plus égalitaires. J’ai alors tenté d’orienter l’ensemble de mon parcours vers la conviction suivante : la création et le développement d’entreprises locales ET formelles participent au vrai développement d’un pays. Je l’ai compris en travaillant pour l’ONG Entrepreneurs du Monde en Haïti. Mon travail consistait à soutenir des artisans dans la création/développement de leur entreprise suite au séisme.

Ça m’a ouvert les yeux sur un des facteurs clés du développement endémique d’un pays : son tissu d’entreprises locales. Le cercle vertueux est facile à cerner : une entreprise formelle paie des impôts, créer des emplois… Qui plus est quand il s’agit d’une entreprise artisanale qui crée de la valeur ajoutée en transformant via son savoir-faire et réduit la dépendance du pays face à ses importations…

Une soif insatiable d’aventure

Mon conjoint est moi partageons ceci en commun depuis notre rencontre en Haïti. Nous vivons continuellement de nouvelles aventures que nous tentons de vivre pleinement même si parfois elles sont bien trop courtes pour être pleinement appréciées. Ça guide notre vie depuis 6 ans : toujours une aventure, un peu comme un moteur. Vivre loin, vivre dans le Jura, monter son atelier pour de vrai, se reconvertir, même avoir un poulailler ou simplement organiser une fête au bord du lac… Et puis rencontrer, sans cesse faire des rencontres !

Pochette Kahobas sérigraphie textile

« Ouvrir un peu la fenêtre sur des pays plein de clichés démontables en quelques mois de vie sur place »

Le nom « Kahobas » – comme le nom de chacune de tes pochettes – est celui d’une ville haïtienne, malgache ou mauritanienne. Pourquoi est-il essentiel pour toi de leur rendre hommage ainsi ? Au-delà d’un simple hommage, est-ce une manière de préserver l’intensité de ces souvenirs … Et de nous les transmettre ?

Parce que chacun de ces nom de lieux ont fait partie de mon quotidien à une période de ma vie, et, pour certains d’entre eux, de mon identité. Une adresse de vie, un lieu récurrent de week-end ou insolite par sa beauté bien cachée… J’ai vécu sur la commune de Ksar à Nouakchott ou encore dans le quartier de Pacot à Port-au-Prince.

Des lieux que peu connaissent ici mais que tellement côtoient, à commencer par tous les copains, revenus ici ou toujours là-bas, que nous avons gardé depuis nos déménagements et pour lesquels ces lieux parlent tellement. Sans réellement parler de transmission, c’est aussi ouvrir un peu la fenêtre sur des pays plein de clichés démontables en quelques mois de vie (je dis bien de vie et non de voyage touristique) sur place.

« La sérigraphie est la base du concept de Kahobas : des tissus uniques et écologiques »

Peux-tu nous en dire plus sur la technique de sérigraphie que tu utilises et pourquoi ?

Pourquoi je l’utilise ? Tout simplement parce que la sérigraphie est base du concept de Kahobas : des tissus uniques et écologiques. En effet, je ne souhaitais pas m’arrêter à la « simple » couture d’objets mais aller plus loin. Je voulais surtout créer mes propres tissus en dessinant des motifs qui me ressemblent et aux couleurs reflétant mes goûts. La liberté en somme ! Et puis bannissant à tout prix le faire-faire au profit du savoir-faire, la sérigraphie collait parfaitement à cet esprit. Après plusieurs événements où j’ai croisé des créatrices qui ne fabriquait pas elles-mêmes leurs créations, je mets aujourd’hui un point d’honneur au fait main, au vrai artisanat local, c’est pourquoi je fais apparaître de plus en plus souvent la mention « ARTISAN-CREATRICE » : qu’on soit tous d’accord, c’est moi qui dessine, c’est moi qui imprime et c’est moi qui couds !

Concernant la technique de la sérigraphie, elle est très ancienne et surtout très artisanale. Ce qui me plaît, c’est l’absence du numérique dans le procédé. Elle consiste à utiliser la technique du pochoir interposé entre l’encre et le support sur lequel on imprime. Ce pochoir est un écran composé d’un cadre sur lequel est tendu un tissu très très très fin qui laisse passer l’encre à l’endroit où l’on souhaite que le motif apparaisse. Il faut recourir à plusieurs étapes pour réaliser ses propres écrans et réussir à imprimer. La technique est subtile mais tellement magique !

Pochette Kahobas sérigraphie textile

La dimension écologique est primordiale

Que ce soit en termes de technique utilisée ou de choix du tissu (le lin), la dimension écologique t’est-elle importante ?

Elle est primordiale et relève d’une certaine cohérence que j’essaie tant bien que mal d’appliquer à ma vie de tous les jours. Le lin ? Ca vient de France et l’irrigation est inutile. Fin de l’argumentation. Tout est dit ! Et puis son aspect brut me plait énormément aussi ainsi que sa résistance puisque j’ai recours à du lin très épais de 300gr/m².

Note 🖤 : Comme Pauline (La Mousse Tache), Charlotte mêle avec adresse l’ici et l’ailleurs pour nous proposer des créations qui ont une âme.Et, au delà de leur design savoureusement ethnique, chaque textile qu’elle nous propose est chargé d’histoire. Son histoire, mais aussi celle de chacune des personnes qu’elle a croisées à l’autre bout du Monde et qui ont contribué à faire d’elle la personne qu’elle est devenue. Une histoire qui remet les idées en place et qui pousse à la réflexion. Et quand cette histoire, déjà forte, s’accompagne d’un désir d’écologie – au quotidien et dans la création-, on ne peut que succomber…

Crédit photo : Et si deux mains

Pochette Kahobas sérigraphie textile

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…

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