S'EXPLORER

Caroline, d’enfant sauvage à femme médecine

Aigle ciel bleu

En chaque adulte, sommeille un enfant plus ou moins meurtri. D’aucuns se remémorent malgré tout avec nostalgie le doux temps de l’insouciance. Chez d’autres, ces souvenirs ne ravivent ni étincelles dans les yeux, ni ivresse du coeur, seulement une sourde douleur. Enfant sauvage, confrontée trop jeune à une dure réalité, Caroline, créatrice de Fleurs Sauvages, était de ceux-ci. Et si très tôt elle a compris qu’elle n’appartenait pas tout à fait à ce Monde, elle a su apprivoiser avec patience le don de femme médecine qui lui a été offert. Car sur ce chemin, elle n’était pas seule : la compagnie de son grand-père et des animaux qu’elle aimait tant lui offrait chaque jour cette étincelle de vie dont chaque petite fille a besoin pour grandir. C’est ainsi que d’enfant sauvage, elle est devenue adulte épanouie, entourée de cette bienveillance qu’aucun autre être humain ne lui dédiait alors :

Depuis très petite, je me sens proche des animaux. Je me plaisais à m’imaginer en chat ou en loup, je mimais leurs manières, leurs chants… Mon rêve était d’avoir le pouvoir de me transformer en eux. J’avais l’impression de les comprendre, de connaître leurs émotions, quand à l’inverse je n’avais aucune confiance en l’être humain. Il m’a fallu des années pour m’ouvrir et voir le bon côté des Hommes, comprendre que l’Amour était la seule manière d’affronter mes craintes.

Enfant sauvage, je trouvais refuge dans les bras enveloppants de mon grand-père.

Aux côtés de cet homme fort qui illuminait mes journées, je m’ouvrais à un monde de possibles, où la nature était sacrée. A l’été, je l’aidais au potager. A l’automne, nous ramassions des noix ensemble. Je me souviens encore comme si c’était hier de la senteur du thym quand il en cueillait un bouquet de ses mains rugueuses, des fraises sauvages qu’il me donnait en secret. Amoureux de la nature et de tous ses bienfaits, il respectait la terre, les ancêtres et, par-dessus tout, la magie.

Entre autres dons, mon grand-père était coupeur de feu. Quand je me suis brûlée avec de l’eau bouillante, enfant, il s’est levé d’un bond pour m’emmener dans une autre pièce. J’ai assisté sans comprendre à ses prières et signes guérisseurs, heureuse de sentir la douleur partir aussi subitement qu’elle était arrivée. J’apprendrais bien plus tard le sens de ses mots et de ses gestes, qu’il me transmit…

Outre son don de coupeur de feu, c’était un homme de croyances, bercé par la spiritualité. Mais à cette époque, il était mal vu d’évoquer ouvertement ces sujets, dont on ne pouvait parler que du bout des lèvres. Ce n’est que quand j’ai été en âge de comprendre qu’il a commencé à me dévoiler ces histoires, celles dont on ne parlait pas.

Elles lui venaient alors par dizaines, comme s’il souhaitait rattraper des années de non-dits étouffants et de silences pesants. Admirative, je l’écoutais les yeux grands ouverts, buvant ses paroles, les savourant tel le plus doux des breuvages. Je souriais en l’entendant me raconter quel plaisir il avait à rendre chèvre une tante mauvaise sorcière, je m’émouvais en apprenant que ma grand-mère décédée se manifestait à lui pour réclamer sa messe, m’émerveillais à chaque nouvelle histoire contée…

Caroline enfant sauvage femme médecine

C’était un homme avec les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

Il a rejoint le monde d’en haut quand j’ai eu 28 ans, enceinte de ma première fille, Louise. Ca a été une véritable épreuve pour moi. Encore aujourd’hui, il me manque terriblement, pourtant il est toujours avec moi : il est devenu mon guide. J’ai pu à plusieurs reprises lui parler et entendre ce qu’il avait à me dire de là haut, d’ailleurs, c’est lui qui m’a annoncé la venue de ma deuxième petite fille un an avant que je sois enceinte… Moi qui ne souhaitais alors qu’un seul enfant, je n’y ai pas cru un seul instant ! Pourtant, au printemps suivant, ma petite Hanna s’est invitée dans notre famille.

Il m’avait dit que c’était une enfant particulière et du haut de ses 5 ans, je sens que c’est une enfant de la lune, une enfant sauvage et magicienne tout comme moi, alors que ma première fille est une enfant de la nature qui communique avec les animaux elle aussi. Elles ont toutes les deux hérité d’une magie qui nous vient d’ailleurs et j’en suis particulièrement fière.

Aujourd’hui, je me laisse guider par ce savoir ancestral transmis de générations en générations, auquel j’essaye de faire honneur avec beaucoup de respect et d’humilité chaque jour. Pourtant, avant de devenir cette femme épanouie,

❝ J’ai longtemps vécu comme un animal blessé, sauvage et solitaire…❞

Je pense que cela a largement contribué à développer un lien particulier avec le monde animal. Mais je ressens ce lien si fort qu’il est également probable que ce soit un héritage familial et que dans mes vies antérieures, ce lien existait déjà.

Dès que j’en avais l’occasion, je les sauvais de leur triste sort : oiseaux blessés, oisillons sortis trop tôt du nid, abeilles trop faibles pour voler … Je me souviens, un jour d’hiver, avoir pénétré dans une propriété privée pour « voler » une petite chienne transie de froid, attachée à une corde sans nourriture ni eau. Je l’ai soignée et donnée à un membre de ma famille, elle a ainsi pu finir sa vie dans la tranquillité. J’aimais beaucoup passer du temps dans les fermes où j’observais les animaux et tentais de les comprendre.

Mon grand ami était un berger allemand du nom de Banjo. Il était mon confident, ma peluche aux grands yeux noirs et au cœur immense. Nous  aimions nous balader, lui et moi, dans la campagne. Je lui parlais, il m’écoutait, nous nous comprenions.

animal totem loup blanc

Puis, il y a eu la rencontre avec mon animal totem, le loup. Il m’est apparu lorsque je lisais un livre sur lui et je me suis sentie irrésistiblement attirée par cet animal magnifique et noble, qui a malheureusement trop mauvaise réputation auprès des humains. Je le voyais partout, je le sentais auprès de moi, semblant presque entendre son chant, sentir son museau humide me bousculer la main. Et, plus encore, je le ressentais à l’intérieur de moi, m’imprégnant de sa force, son réconfort, son courage et sa persévérance.

Reliée au chamanisme depuis toujours, j’ai vite compris ce que le loup allait représenter pour le reste de ma vie.

Les amérindiens m’ont toujours passionnée, leur savoir également, comme si “ je savais ”, comme si j’avais déjà vécu parmi ces tribus et accompli leurs rituels. Sans savoir pourquoi, je percevais que  c’était pour moi un retour aux sources … Que j’allais découvrir bien plus tard.

Le loup m’accompagne depuis plus de 30 ans maintenant. Au fil du temps, il est devenu si important à mes yeux que j’ai adopté un chien loup de Saarloos, très proche du loup de par son apparence et son comportement. Oslo est resté dans ma vie 15 ans durant lesquels j’ai tissé un lien très fort avec lui. Une complicité semblant comme venue du ciel et je le remercie pour ça. Quand il est parti, je pleurais dans sa fourrure, il m’a tendu sa patte. Il comprenait, nous nous comprenions, d’un seul regard.

Le loup a vécu mes grandes joies et mes lourdes peines,

il m’est d’un grand soutien et réconfort dans les moments difficiles. Quand je ferme les yeux lors de méditations, je le retrouve près de moi dans une forêt préservée, magnifique. C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai découvert que mon loup était une louve blanche.

L’an passé, je suis partie en Bretagne, une région que j’affectionne particulièrement. Nous avions loué un gîte en pleine nature, proche des chevaux, des forêts et de châteaux. J’y ai ressenti un sentiment de « déjà vu » et beaucoup de bien-être, immergée dans la culture Celtique que j’aime tant, au milieu de forêts majestueuses. Il se dégage là-bas une énergie considérable que j’ai ressentie jusque dans les arbres : les forêts parlent et communiquent peut-être même plus qu’ailleurs. Les menhirs, eux, transmettent leur richesse ancestrale … J’ai même pensé à m’y installer.

arbre sacre bretagne broceliande

J’ai profité de ce séjour pour visiter un refuge pour loups. Déçue de ne pas les avoir aperçus, je m’apprêtais à partir quand je me suis sentie attirée par un appel indescriptible.

Je suis rentrée à nouveau dans le parc en allant où mes pas me menait. A cet instant, à quelques mètres de moi seulement, une magnifique louve blanche est sortie de sa tanière. Nous nous sommes regardées fixement, sans faire un seul mouvement. J’ai alors ressenti une vague d’amour immense, indescriptible et me suis agenouillée en signe de reconnaissance. Puis, elle a disparu comme elle m’était apparue. Ce souvenir a marqué mon âme à jamais :

Bien plus que le souvenir d’un instant de vie magique, c’était la révélation d’un chemin de vie à accomplir.

«  Mère de la nature, elle parle à sa parenté

L’être de la pierre

La fleur sauvage

Et le loup sont ses amis.

Au fil des saisons qu’elle tisse,

Elle chevauche les vents du changement,

Ouvrant son cœur avec bonté

Comme un refuge contre la faim et la douleur.

Tu es la gardienne des besoins de la terre,

Et tu rends frères le grand et le petit.

Mère c’est toi que je vois dans la goutte de rosée,

C’est toi que j’entends dans le cri de l’aigle. »

Extrait de “Les 13 mères originelles”, Jamie Sams

libellule toile d'araignée rosée

D’autres animaux croisent régulièrement ma route

lorsque je suis en peine ou quand j’ai besoin de réponses, quand je doute ou manque de forces. L’ours, le loup et le cheval m’apparaissent souvent en rêve, la libellule vient se poser sur ma main ou la chouette hulule toute proche de moi. A chaque période de ma vie, les animaux ont su me guider, m’épauler, me soutenir. Ils étaient là pour partager mes expériences et m’aider à prendre telle ou telle direction.

Par exemple, lors d’une importante évolution spirituelle – qui ne s’est pas faite sans difficultés – la libellule venait souvent voleter autour de moi, j’ai même eu la chance un jour de la voir se poser sur ma main. Quelle infinie gratitude j’ai ressentie à cet instant ! Mon cœur débordait d’amour pour cette jolie demoiselle et le message qu’elle venait me délivrer.

A une autre période, alors que je me posais beaucoup de questions sur un sujet en particulier, un merle se posait chaque jour très près de moi et me regardait fixement pendant quelques secondes avant de s’envoler… Encore là un autre signe de communication animale.

Les animaux ont chacun des enseignements à nous apprendre. Ils nous guident dans la vie ainsi que dans nos rêves, mais encore faut-il savoir les observer et les écouter… Nos vies sont intenses, peu propices au silence et il n’est pas toujours évident de s’arrêter sur les messages qu’ils nous transmettent.

Pourtant, ils sont réellement emplis de sagesse, de paix et d’amour.

Caroline, Fleurs Sauvages

Caroline enfant sauvage femme médecine

Note : De la petite fille qu’était Caroline, je me sens proche. Si je passais plus de temps plongée dans les livres qu’auprès des animaux, comme elle j’étais ce qu’on appelle une enfant sauvage, sauvage et solitaire. Jamais aussi sereine qu’en compagnie de mes livres, à rêver d’autres contrées, je me sentais imperceptiblement différente sans pouvoir me l’expliquer. Juste, différente. Mais si Caroline a perçu très tôt quel était son chemin de vie, à l’inverse il m’aura fallu plus de trente ans pour apprivoiser cette différence et apprendre à l’aimer, pour comprendre qu’un chemin de vie est destiné à chacun d’entre nous. Plus de trente ans pour tirer les enseignements qui m’ont été proposés, reprendre mon souffle et choisir de m’aligner aux aspirations profondes qui sont les miennes. Et si deux mains, conçu à l’origine pour honorer les mains qui créent, est pour moi bien plus qu’un simple support d’expression. Toutes les belles personnes rencontrées par ce biais, comme Caroline, sont prétexte à me faire grandir, élevant avec elles mon âme et pour cela je les en remercie infiniment.

Crédit photo : Pexels (licence cc0), Hamdi

1 Comment

Comments are closed.