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Atelier Cléo revisite le métier de relieur doreur

Atelier Cléo, relieur doreur

Tout ne s’apprend pas dans les livres : chaque rencontre, chaque événement qui nous sont donnés de vivre contribuent à  façonner celle ou celui que nous sommes. Un simple mot saisi à la volée, que l’on se murmure avec douceur, dont l’on s’imprègne avec délice… Résonne parfois bien plus profondément en nous que ne l’aurait fait un livre entier. Ce dernier est pourtant depuis la nuit des temps un parfait support pour “rendre tangibles” des idées, une histoire. Celui qui y écrit espère, en matérialisant sa pensée, la voir perpétuée encore et encore. Celui qui le tient entre ses mains, lui, y voit un précieux trésor. La promesse de toucher du bout des doigts le savoir, une main tendue pour ouvrir son imaginaire, l’espoir d’une réponse aux questions qu’il se pose tout bas, sans oser les formuler…

Une fois ce trésor inestimable entre ses mains, il le palpe, l’étreint, feuillette peut-être même quelques pages comme pour s’en imprégner avant d’enfin s’abandonner au plaisir de la lecture. Messagers du temps qui passe, les livres portent en eux un désir fort de transmission, d’une personne à une autre, d’une époque à une autre. Un désir partagé par Cléo, créatrice d’Atelier Cléo, qui a choisi de leur dédier sa vie en devenant relieur doreur, animée par l’envie de redonner ses lettres de noblesse à un métier en passe de disparaître :

Lorsque j’étais petite, j’adorais aller chez mes grands-parents. Mon grand-père avait cette immense bibliothèque de vieux livres, que je venais parcourir, sentir, tout au long des vacances. C’est sans doute ce souvenir heureux qui m’a entraînée vers ce métier. Pour moi,

Atelier Cléo, relieur doreur

Les livres sont les messagers du temps qui passe.

Ce sont les témoins de notre existence et de notre intelligence humaine. Sans les livres, nous n’aurions sûrement pas autant évolué et nous n’aurions pas transmis tout notre savoir de générations en générations aussi facilement.

On ne choisit pas le métier de relieur : on tombe dedans ! Une fois que l’on prend conscience de l’extraordinaire trésor que renferment les livres, on se sent comme “obligé” de faire perdurer ce précieux savoir-faire. Ce, d’autant plus qu’il est malmené depuis le siècle dernier… A tel point qu’il est en passe de se perdre.

En effet, les savoir-faire complémentaires au métier de relieur doreur sont en malheureusement voie de perdition en France. Ainsi, le dernier batteur d’or (celui qui fabrique la feuille d’or) a fermé ses portes il y a quelques semaines. De même, il n’y a plus qu’un seul maître cartonnier à même de me fournir les cartons de reliure dont j’ai besoin, malgré mon désir de travailler avec le plus de fournisseurs français possibles.

A cette première difficulté rencontrée en tant que relieur doreur, s’en ajoute une seconde : le budget de l’Etat consacré aux métiers d’Art est de plus en plus restreint, si bien qu’il devient difficile de former de nouveaux artisans… Et que ceux-ci n’arrivent plus à vivre de leur travail. Or, même les machines les plus ingénieuses ne peuvent égaler le savoir-faire des mains de l’Homme :

Atelier Cléo, relieur doreur

Il est impossible de remplacer un vrai livre, ni l’artisanat !

Toutes nos histoires viennent des livres, ce serait tellement triste si le métier de relieur venait à se perdre… Pourtant, aujourd’hui, si les livres de Poche sont une belle avancée, ayant rendu l’instruction accessible à tous, ils ont les défauts de leur qualité. Ils permettent certes l’accès à la lecture – et donc, à la culture – au plus grand nombre… Mais d’objet précieux, ils deviennent banaux, de fait les gens n’ont plus conscience de leur valeur.

Ce sans compter que l’impression est de mauvaise qualité, même si cela ne se voit pas nécessairement pour un œil non avisé. Fabriqués ainsi par une machine, les livres dont nous nous entourons ressemblent peut-être parfois à s’y méprendre à de vrais livres mais ils ne tiennent pas dans le temps. Or, la base de mon métier de relieur doreur est justement de faire en sorte que le livre soit durable !

Au delà des a priori sur le métier de relieur doreur, je me heurte à une difficulté majeure, qui tient au coût : seule une infime partie de la population peut s’offrir des ouvrages reliés. Je trouve dommageable que tout le monde n’ait pas accès à nos créations par manque de budget. Pour autant, mon travail requiert beaucoup de patience et de savoir-faire pour réaliser des ouvrages beaux et durables… Et,

Le « hand made, slow made, well made » a un coût.

C’est justement ce désir de sensibiliser le grand public à l’importance du livre, en tant que vecteur d’histoire, en tant que support pour développer notre imaginaire, ouvrir notre esprit… Qui m’a poussée à devenir relieur doreur. Pourtant, paradoxalement peut-être, j’ai souhaité m’éloigner de Paris, haut-lieu de la reliure d’Art.

Je me suis en effet rendue compte que je ne prenais pas le temps de profiter de toute sa culture, son extravagance et sa vie. Tout y allait trop vite, aussi. Or, je suis quelqu’un de sensible, qui a besoin de calme et de sérénité pour pouvoir créer. Quitter Paris est définitivement pour moi un choix du coeur puisque cela me permet également de vivre pleinement mon amour avec mon compagnon, qui m’épaule depuis le premier jour dans mon beau et fou projet. Nous habitons maintenant dans la magnifique région qu’est le Pic saint Loup, où il est vigneron et je ne le regrette pour rien au monde.

Amoureuse des beaux livres, je souhaite sensibiliser au métier de relieur doreur tout en le dépoussiérant : j’ai en effet choisi de ne réaliser que très peu de reliure traditionnelle, et de restauration.

Atelier Cléo, relieur doreur

Je revisite les codes de ce métier ancien en me lançant dans la reliure de création haut de gamme.

Entre mes mains, elle se fait œuvre d’Art pour les bibliophiles, collectionneurs d’ouvrage… Et, au delà, je la souhaite parfaite pour son / sa destinataire, en la créant sur mesure pour qu’elle lui ressemble. D’ailleurs, j’ai un goût prononcé pour les livres d’Or sur mesure destinés aux grandes occasions (naissance, mariage…) ou à l’hôtellerie et à la restauration de luxe.

Pour avoir travaillé dans ce domaine, les livres d’Or acquis auprès d’entreprises industrielles étaient très vite abîmés par l’usage… Et quel dommage pour un établissement de prestige d’avoir un livre d’Or banal, alors même qu’il est censé porter le témoignage de son histoire ! Cela me fend d’autant plus le cœur qu’à l’origine, c’étaient des livres sacralisés, dédiés aux chants et prières.

Il me tient également à cœur, au delà de cet aspect créatif que j’aime tant, d’inspirer une nouvelle vision de ce métier que d’aucuns jugent poussiéreux. Si les techniques sont les mêmes depuis la nuit des temps, nous pouvons les utiliser avec créativité en jouant avec les matériaux qui existent aujourd’hui!

En tant que relieur doreur de la nouvelle génération, je souhaite montrer que la reliure, ce n’est pas seulement le vieux livre en papier marbré que l’on s’imagine… Au contraire, un ouvrage relié peut être fun, beau, élégant !

Il nous est possible de jouer avec les textures et matières pour proposer de beaux objets dans l’ère du temps.

Note : Tout ne s’apprend pas dans les livres. Pourtant, ils se font tantôt fenêtre sur notre imaginaire, propice à rêver et à s’émerveiller, tantôt parfait support pour ouvrir l’esprit et (s’) apprendre. Et, surtout, ils témoignent d’un désir de transmission que Cléo et moi tentons de perpétuer, chacune à notre manière. D’aucuns diraient qu’ils sont voués à disparaitre tant la Toile devient omniprésente… Pour ma part, jamais un écrit posé sur le clavier, si parfait soit-il, ne remplacera celui couché sur le papier. Jamais il n’égalera le plaisir incommensurable du livre feuilleté au coucher, juste avant de nous abandonner aux bras de Morphée… Car “la lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire. Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout.” (Victor Hugo)

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…

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