ORIGINES

Et si deux mains élevaient mon âme…

Jeune fille nature

Aux origines de “Et si deux mains”, il y a deux ans, ce désir profond d’honorer les mains qui créent, grandes oubliées d’une société où tout semble à portée… Et qu’elles sont belles nos mains, virevoltant dans de somptueuses arabesques ! Délicate valse se muant en tango torturé quand elles s’agitent et se tordent sous l’effet du désespoir.

Qu’elles nous sont précieuses, nos mains ! Et pourtant, qu’il est aisé de les oublier, ces mains, jouets de nos premiers âges… Délaissées, elles deviennent sèches, rugueuses, parfois même douloureuses, nous forçant à nous rappeler à quel point elles nous sont essentielles.

Nos mains. Tantôt fragiles et gracieuses, tantôt fortes et robustes, mais toujours, toujours, si promptes à éveiller en nous le plaisir du toucher. Un sens si naturel, si spontané  que l’on finit par ne plus y prêter attention.

Nos mains. Elles ne se contentent pas de toucher, non, ce sont elles aussi qui nous permettent de nous emparer d’un objet, le tourner et le retourner, en connaître la texture et la température… De ressentir. La douceur d’une pêche, la rugosité du lin ou tout simplement le plaisir procuré par la tendre caresse d’une autre main.

Les plus chanceux d’entre nous font d’elles un trésor inestimable, les élevant au rang d’instrument de travail. C’est ainsi que sous leurs doigts de fée, se tisse une tenue, un linge dans lequel on prend plaisir à s’envelopper. Que le travail de mains habiles permet de révéler toute la délicatesse des veinures du bois. Que, façonnée par ces mains expertes, l’argile passe de poussière à objet du quotidien.

Et quel talent plus extraordinaire que celui de créer ? Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours pris plaisir à sentir sous mes doigts un tissu se plisser, à m’enivrer des différentes essences de bois, à noyer mon regard dans leurs veinures si uniques… À m’imprégner de leur âme. Et, peu à peu, à réaliser que derrière chacun de ces trésors, se cachent des mains qui les ont façonnées et, avec elles, une âme.

Mains dessin

“ L’humilité consiste aussi à reconnaître que n’importe quelle créature de l’Univers est susceptible de nous enseigner ce que nous ignorons.” (Rûmî)

Aux origines de “Et si deux mains”, donc, un désir profond d’honorer les mains qui créent.

Et, au fil du temps, nombreuses sont les mains qui ont livré des bribes de leurs précieux secrets… Avec, à chaque nouveau portrait, un émerveillement qui ne s’est jamais terni. Avec, à chacun d’eux, le sentiment précieux de tenir entre mes mains un trésor inestimable : la confiance.

Au fil du temps, nombreux sont les mots qui ont été glissés sur le papier, d’abord timides et fragiles, puis de plus en plus assurés. Avec, à chaque nouveau portrait, un sentiment grandissant d’émerveillement face au pouvoir des mots. Et, surtout, ce désir de plus en plus fort de ne plus seulement relayer une démarche, si sensée, si belle soit-elle.

Jeune fille nature

“Les mots sont les passants mystérieux de l’âme” (Victor Hugo)

Instinctivement, les questions que je posais aux artisanes et créatrices qui acceptaient ces écrits à quatre mains se sont orientées au gré de ces portraits vers plus d’humain. Comme si m’ouvrir à la seule démarche ne me suffisait plus. Comme si, au delà, je souhaitais capter un peu de l’essence, de l’âme de la personne qui me faisait don de sa confiance.

Et quel sentiment merveilleux que celui de “ressentir” non plus l’artisane, la créatrice, mais la personne ; quelle gratitude quand ce sentiment d’avoir grandi dans l’écrit était partagé… Les mots échangés ici ou là m’ont souvent transportée, parfois émue aux larmes et toujours élevée. Pourtant, je viens seulement d’en comprendre la portée grâce aux doux mots murmurés par une vibrante fée…

Mains pieds jeune femme

“Ton projet Et si deux mains sert au voyage de ton âme et cela est merveilleux…” (Séverine, Les herbes vives)

Dans mon esprit, Et si deux mains obéissait à une envie de transmettre mon amour des mains qui créent, à une soif d’enrichissement intellectuel. Et si je percevais que mon envie immodérée d’écrire répondait à un besoin bien plus profond, ce n’est qu’en lisant les doux mots de Séverine que j’en ai pris conscience.

Ces derniers mois pourtant, j’avais senti mon envie d’écrire s’essouffler. Ou plutôt, mon envie d’écrire uniquement sur des artisanes et créatrices. Bien que chaque article écrit à quatre mains ait eu une raison d’être, ce sentiment de multiplier les portraits, si accomplis soient-ils, leur fait perdre de leur sens en moi. Et s’il y a un désir qui est de plus en plus vivace au gré du temps qui passe, c’est justement cette quête de sens !

Aujourd’hui, cette quête m’invite à m’ouvrir pleinement aux possibles, à regarder au delà de ce que je voyais jusqu’à présent. Aujourd’hui  encore plus qu’hier, je souhaite tendre vers du “moins mais mieux”. Ne plus m’attacher à la simple démarche, même si elle me touche, mais réserver les portraits d’artisanes et créatrices aux seules femmes avec lesquelles j’ai tissé un lien tangible. Et, surtout, partager les portraits de femmes qui, sans forcément être entrepreneuses créatives, ont renoué avec la nature et leur nature de femme. Artisanes désireuses d’allier thérapie et créativité, femmes médecine porteuses en leurs mains de trésors de sagesses ancestrales…

“Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.” Paul Eluard

Aujourd’hui plus que jamais, je désire écrire au gré de mes envies, au rythme de mon coeur. Et si mon cheminement m’emmène ici, c’est justement grâce à chaque rencontre insufflée par Et si deux mains. Chacune d’elles, parfois éphémère, parfois signe d’une amitié naissante, m’a accompagnée sur mon chemin de vie, bien au delà de mes seules deux mains. A chaque échange, j’ai grandi, j’ai appris, je me suis apprise et chaque nouvel échange me fera grandir et (m’) apprendre.

Pour cela, je vous en remercie infiniment.

Crédit photo : Pexels (licence cc0)

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J’aime: écrire, encore et encore, découvrir, apprendre, m’apprendre, rire de tout (ou presque), rire de rien (surtout), rire de moi (et pourquoi pas?!), marcher, marcher, ne surtout pas me poser, m’enthousiasmer de ces petits riens qui mis bout à bout forment un tout…