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Rose Bonaventure : « On ne naît pas avec le talent, il se suscite »

Aquarelle signée Rose Bonaventure, artiste de talent

C’est un fait, nous ne naissons pas tous avec les mêmes cartes entre les mains. Quand certains ne connaîtront jamais le manque, d’autres doivent s’armer de patience et de courage pour façonner leur vie telle qu’ils la souhaitent. Stéphanie est de celles-ci. Si à l’aube de ses vingt ans la vie semblait s’obstiner à contrecarrer ses projets, elle a depuis réussi à trouver un juste équilibre entre travail conventionnel et vie d’artiste avec un grand A : calligraphie, céramique, dessin, papier… Avec talent, Stéphanie semble jouer avec les matières pour nous proposer sous le nom de Rose Bonaventure de délicates créations chargées d’âme et d’histoire, son histoire :

Cette musique a été choisie par Stéphanie, libre à vous de vous laisser bercer par ces notes pour découvrir son histoire…

❝ Petite, je n’ai jamais vu
de livres d’Art à la maison. ❞

Toute mon enfance, j’ai entendu parler de vaches et de tracteurs. Je n’ai pas souvenir d’avoir visité un autre musée que celui de l’Espace Faïence de Malicorne-sur-Sarthe. Pourtant, j’ai toujours aimé dessiner, jouer de la musique, écrire, danser… Enfant, le dessin et la danse, que je pratiquais assidûment, ont été mes nourrices et ma psychothérapie.

Je trouvais un tel épanouissement dans ces activités artistiques qu’à l’âge de 20 ans j’ai commencé à étudier aux Beaux-Arts pour en faire mon métier. De cette période, je retiens de longues journées de travail acharné et de (trop) courtes nuits teintées de mélancolie.

Déjà aux prises avec des préoccupations d’adulte, je n’avais ni le temps ni les moyens de profiter des joies ordinaires de la vie estudiantine :  je devais cumuler trois jobs en parallèle, bien après la nuit tombée, pour financer mes études et payer mon loyer. De bien tristes soirées à l’âge où l’on attend des premiers pas vers l’indépendance qu’ils riment encore avec insouciance…

Papier houblon fait main Rose Bonaventure

Très vite, j’ai abandonné les cours de danse classique que je pratiquais pourtant depuis l’enfance. Et, peu après, j’ai renoncé à poursuivre les Beaux-Arts. Empreinte de la tristesse que seuls connaissent ceux qui n’ont touché leurs rêves que du bout des doigts, j’ai finalement arrêté le dessin et toute autre forme d’Art. En cause, le manque de moyens, bien sûr, mais aussi un profond manque de confiance en moi : je suis convaincue que beaucoup de gens réalisent leurs rêves en partant de rien, avec pour seule force l’espoir.

❝ Nécessité financière oblige, j’ai passé
un brevet d’Etat d’éducateur sportif spécialisé
dans les métier de la forme. ❞

J’ai ensuite exercé comme professeur de yoga, de Pilates et de mise en forme générale à Paris, Lyon puis en Turquie, en Egypte, en Israël et au Maroc.

Puis, il y a quelques années, j’ai repris mes crayons. Une amie, tombée par hasard sur mon carton à dessins, m’a conseillé de ne pas les garder pour moi. J’ai donc commencé à les vendre dans une boutique de décoration d’intérieur. C’est ainsi que j’ai diminué mon activité de professeur indépendante pour renouer avec le plaisir des Arts : le matin et un après-midi sur deux, je dispense des cours (Pilates, yoga…).

Je consacre mes après-midis libres à dessiner, me former à la céramique, lire, peindre, bricoler… L’hiver venu, je pars randonner à ski aux alentours de la maison pour tenter d’apercevoir les animaux. C’est un émerveillement constamment renouvelé que d’apprécier les paysages extraordinaires qui m’entourent ! D’ailleurs, je pense que leur beauté a contribué à me donner envie de reprendre mon appareil photo et mes crayons.

Montagne sous la neige en hiver

Dans la mesure où je partage mon temps entre travail conventionnel et création, mon quotidien peut être considéré comme routinier. J’y trouve malgré tout mon équilibre puisque cela me permet d’allier mon métier de professeur au plaisir de la créativité que j’ai du refouler pendant de trop nombreuses années.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour me laisser porter par mes choix (ou mes « non choix »). Pas par force, non, mais par naïveté : plus jeune, le manque d’argent m’a poussée à abandonner tant de rêves… J’ai ensuite travaillé dur pour m’organiser et me donner les moyens d’enfin consacrer une partie de mon temps à créer. A développer mon talent. Car oui,

❝ Je ne pense pas qu’on naisse
avec le talent : il faut le susciter
puis le travailler sans relâche. ❞

Il faut continuer de se former, d’apprendre, ne pas s’enfermer dans un cadre de compétences… Et surtout, être ouvert à toutes les perspectives : je pense qu’il ne faut surtout pas s’obliger à faire ce que les autres attendent de nous, mais être ouvert à l’idée d’aimer faire des choses qui ne plaisent pas. Accepter que l’échec est un risque inhérent au processus de création. Pour aller là où on le souhaite, il ne faut pas chercher à tout prix à faire du beau, mais ce qui nous émeut.

Aujourd’hui, j’aimerais vraiment me dire que je fais de jolies choses à partager : je suis animée par l’envie de remodeler, transformer les objets et les endroits pour en faire de véritables havres de paix. Quelques objets choisis et disposés avec soin dans une pièce permettent de rendre agréable la vie parfois si difficile…

Pot en béton Rose Bonaventure

Je n’aime pas faire pour faire, c’est pourquoi ma créativité s’exprime de différentes manières, selon mes envies : dessin, poterie, poésie, décoration… J’essaye simplement de faire les choses avec le cœur, avec l’émotion. Je travaille des matériaux qui me parlent et me correspondent. Je n’ai peut-être pas le pinceau le plus coûteux, ni la plus grande toile, mais je me plais à penser que mettre du cœur à l’ouvrage en faisant le plus possible moi-même ajoute de la valeur aux objets façonnés par mes mains.

Ce goût pour le « savoir faire », ancré en moi, est encore décuplé par mon mode de vie actuel : mon compagnon et moi-même vivons dans la vallée de la Tarentaise (Savoie), en pleine nature, entourés par les montagnes. Notre quotidien est probablement plus difficile que pour les citadins : nous sommes éloignés des grandes villes et de leurs commerces et les déplacements sont difficiles en hiver.

❝ Si notre isolement peut paraître
pour certains comme une contrainte,
il nous ouvre aussi le champ des possibles ! ❞

C’est pour nous l’occasion rêvée pour laisser libre court à la créativité et travailler notre talent : nous apprenons à faire nous-mêmes en utilisant à bon escient les trésors dont recèle la nature si proche ! Ainsi, mon compagnon fabrique sa propre bière à partir du houblon que nous faisons pousser tandis que je m’en sers, mélangé à du chanvre et à de la fibre de bois, pour fabriquer du papier. Pour lui ajouter du pigment, je puise dans les couleurs offertes par les nombreuses fleurs qui nous entourent. La cire de nos abeilles me permet quant à elle de fabriquer des bougies.

Papier houblon chanvre Rose Bonaventure

Et comme « rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » (Anaxagore), les chutes de béton de nos travaux m’ont permis de confectionner des petits pots de fleurs. Il est probable que je n’en fasse plus quand celui-ci sera épuisé car dans l’absolu le béton n’a rien d’écologique…

Ce souhait de valoriser le moindre petit bout de rien glané autour de moi ne date pas d’hier : quand j’étais petite, nous ne devions pas jeter car tout pouvait toujours servir. Même si en pratique ce n’était pas le cas, cette philosophie de vie est restée ancrée en moi. Plus encore, c’est devenu une habitude, renforcée par la sensibilité écologique de mon compagnon qui est peu à peu devenue mienne.

Je suis sensible aux petits plaisirs simples offerts à qui sait les apprécier : le toucher du bois, du coton ou du lin, la vue des fleurs, l’odeur de l’herbe coupée, du foin et des sapins, celle d’une tarte tatin maison… Et la façon dont s’exprime ma créativité en est le prolongement :

❝ Je suis attachée à l’idée d’épurer l’Art
en réutilisant et en transformant les matières
qui sont à portée de mains. ❞

Cela les rend-elle moins belles ? Je ne pense pas, car c’est ce qui leur confère une âme et du sens.

Houblon

Note ღ : De l’univers de Stéphanie, j’ai tout de suite aimé la calligraphie et son charme désuet. Mes yeux apprécient tant se perdre dans des lettrages romantiques à souhait ! Particulièrement quand ceux-ci ne sont qu’une facette d’une créatrice aux multiples talents… Jusqu’à il y a quelques jours encore, je ne m’étais pourtant pas posée la question de proposer à Stéphanie de glisser un peu d’elle sur « Et si deux mains ». Mais lorsque ses traits ont commencé à s’esquisser au détour d’une conversation a première vue anodine, c’était une évidence : Rose Bonaventure avait toute sa place ici, au même titre que les autres entrepreneuses créatives inspirantes qui m’ont déjà fait don de leur confiance. Parce que non contentes d’être simplement belles, ses créations sont le fruit d’une Histoire ; parce qu’elles reflètent une philosophie de vie empreinte de la simplicité qui m’est chère ; parce qu’elles portent l’espoir.

Crédit photo : Rose Bonaventure

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