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Poësie graphique : L’univers de Mlle Sarah réinvente l’art minimal

L'univers de Mlle Sarah Poësie graphique

Art minimal : « se dit d’une tendance de l’art contemporain qui réduit l’œuvre à une extrême simplification géométrique, ainsi qu’à des modalités élémentaires de matière ou de couleur » (Larousse). Né au début des années 60 aux Etats-Unis, ce courant artistique prône le dépouillement dans l’Art, le revendiquant comme dénué de sentiment, en opposition totale avec l’expressionnisme abstrait alors en vogue. Une épure dans l’Art qui atteint sans doute son paroxysme avec le célèbre « carré blanc sur fond blanc » peint par Kasimir Malevitch – l’une des figures phares de ce courant – en 1918. Est-ce à dire alors que le minimalisme, en tant que courant artistique, se montre dénué de « poësie graphique » et totalement hermétique à toute émotion ? A l’époque, peut-être.

Pourtant, bien dosées, les formes et couleurs permettent de faire naître subtilement l’émotion tout en respectant les contraintes de style imposées par l’Art minimal. Oui, on peut tout à fait ne rien ressentir devant une œuvre au design épuré, fait de formes simples. Mais on peut aussi porter à cette œuvre un autre regard, en saisissant cette main tendue pour lui donner le sens que l’on souhaite voir en elle, en faisant appel à notre imaginaire. Et pour ma part, je suis sensible à cette poësie graphique, comme se plaît à l’appeler Sarah. Créatrice de l’Univers de Mlle Sarah, elle nous propose sous ce nom des illustrations mettant en avant la beauté dans ce qu’elle a de plus simple :

Designer graphique depuis 15 ans, j’ai commencé par travailler au sein de différentes agences de communication parisiennes avant de devenir free-lance en 2012. ❞

Où puises-tu ton inspiration pour créer ?

Mes inspirations sont multiples… A commencer par le Monde qui m’entoure : principalement la nature et les paysages mais aussi l’architecture pour son rapport à la structure. En termes de graphisme et design, j’ai une attirance certaine pour le minimalisme, les choses épurées et aussi une grande affection – voire obsession – pour la géométrie (la symétrie, les lignes, rythmes, points…).

Tu te plais à définir ton travail comme une « poësie graphique », plus globalement pourrait-on dire que tu es sensible à la poésie du quotidien et que tu nous la retranscris vue par tes yeux ?

On peut dire cela, oui… Je suis sensible aux détails du quotidien. Ce que j’aime par dessus tout ? Ces petites choses que l’on ne voit pas au premier abord mais qui pourtant, sous un autre point de vue, permettent une interprétation différente et révèlent une note de poésie : les couleurs d’un ciel, la forme d’un nuage, d’une fleur… C’est ce que je tente de retranscrire dans mes illustrations.

Je joue également sur la mince frontière qui existe entre abstraction et figuration. Parfois, un détail, le choix de la couleur ou le titre de l’illustration peuvent être autant d’indices à la compréhension de mon intention originelle. Mes créations n’ont pas d’autre vocation que d’éveiller la curiosité et faire passer de l’émotion à travers un minimum de signes visibles.

L'univers de Mlle Sarah Poësie graphique

Via ma poësie graphique, j’aime montrer que l’on peut représenter les choses avec simplicité tout en laissant une place à l’imaginaire de chacun. ❞

Tu nous proposes des créations minimalistes, dans la digne lignée du mouvement du même nom. Pourquoi es-tu sensible à ce mouvement d’un point de vue artistique ?

Le minimalisme et la simplicité que dégagent l’art minimal révèlent une certaine intemporalité qui me plaît beaucoup. C’est une forme de design qui me parle de par son immédiateté dans ses formes. Il y a une certaine évidence qui en émane et aussi une justesse à trouver, un équilibre à construire.

Si je devais résumer cet état d’esprit simplement, je reprendrais les mots d’Hans Hofmann : « la capacité de simplifier signifie éliminer le superflu pour que le nécessaire puisse parler ».

Est-ce le reflet de ta propre philosophie de vie, plus globalement ?

Cette volonté d’aller vers la simplification, l’épuré s’est d’abord retrouvée dans ma façon de travailler mes images. Mais c’est une notion que j’essaie effectivement de transposer plus largement dans la vie de tous les jours, précisément, dans cette recherche d’équilibre et de retour à l’essentiel.

Au quotidien ce n’est pas toujours simple mais j’essaie de reprendre le contrôle en déterminant ce qui est important et en me détachant de ce qui ne l’est pas. Notre société actuelle, son rythme effréné, la surconsommation omniprésente sontautant de sources de sollicitations perpétuelle et de stress. L’hyperconnexion a amplifié ce phénomène, accentuant encore cette impression d’avoir continuellement une liste de choses à accomplir, à acquérir, de ne jamais en faire assez et de ne jamais souffler…

J’ai trouvé dans cette parenthèse (ré)créative ma manière de me vider la tête, de mettre en pause toutes les choses du quotidien. Aujourd’hui, c’est un moment de respiration dont j’ai besoin !

L'univers de Mlle Sarah Poësie graphique

Retrouver le plaisir de créer loin d’un cahier des charges, d’une deadline, sans répondre une étude marketing… Au gré de mon inspiration, sans cadre et sans attente autre que mon envie personnelle. ❞

Ton approche se revendique « slow design ». Comment est-ce que cela se concrétise dans ta manière de créer ?

Dans le rapport au temps justement. J’en ai d’autant plus conscience que je travaille dans un domaine où il faut sans cesse créer plus vite. Les délais qui nous sont impartis sont souvent – et de plus en plus – courts et nous créateurs n’avons pas toujours la possibilité d’un recul pourtant nécessaire à la genèse d’un projet.

Dans ma vie professionnelle, je crée à la demande. A l’inverse, avec ma poësie graphique, il n’y a pas de demande, je crée à l’envi. La démarche est tout autre et mon espace de liberté bien plus grand !

Mon approche ici est justement un retour à une création faite avec le temps nécessaire : j’en reviens au dessin, je prend le temps de l’expérimentation, je travaille la composition, loin de mon ordinateur. Et je laisse parfois mûrir des dessins qui sur le moment ne m’apparaissent pas aboutis pour y revenir quelques semaines plus tard, les redécouvrir et savoir ce que je souhaite en faire.

Le slow design englobe-t-il également pour toi la prise en compte de l’impact environnemental de tes créations ?

En effet, j’essaie de concilier processus de création et démarche responsable. Aujourd’hui, il existe un véritable panel de solutions de substitution pour faire « autrement » : les papiers recyclés sont très qualitatifs, les encres végétales tout aussi lumineuses que leurs homologues conventionnelles… Ce serait dommage de ne pas faire ce choix !

De même, dans un souci d’éthique, je privilégie la qualité à la quantité.Mes illustrations n’ont pas vocation à se retrouver dans le Monde entier, je les propose en toute petites séries de 25 ou 50 tirages, pas plus. Elles sont le résultat d’une envie personnelle, aussi

Je souhaite garder cette démarche intimiste, authentique. ❞

L'univers de Mlle Sarah Poësie graphique

Au delà, cette démarche slow design témoigne-t-elle d’une philosophie de vie orientée vers la slow life / un retour à l’essentiel, à la simplicité ?

Réfléchir à « créer autrement » via ma poësie graphique m’a amenée à m’interroger sur la façon dont je vis et à me rendre compte que je pouvais et voulais simplifier mon quotidien. Le concept de « slow life » réside pour moi en une prise de conscience, une démarche personnelle de ramener de la simplicité dans la vie de tous les jours. Cela témoigne peut-être aussi d’une quête de sens : nous sommes prompt(e)s à perdre notre bon sens, dans notre façon de consommer, déjà, mais aussi plus largement.

C’est prendre la mesure du temps : ce n’est pas « trouver le temps », c’est le prendre. Ce n’est pas ne plus consommer mais consommer autrement : aller faire le marché avec mes filles quand c’est possible, me rendre chez les commerçants de mon quartier, recycler, réparer plutôt que de remplacer, acheter moins souvent mais de qualité, redécouvrir les savoir-faire des gens autour de nous…

C’est finalement changer de point de vue pour redécouvrir ce qui est essentiel. ❞

Note 🖤 :Cela fait maintenant plus d’un an (déjà !) que Sarah et moi échangeons, nous découvrons et suivons chacune l’évolution de l’autre au gré du temps qui passe. Étant pourtant plus facilement touchée par la photographie – particulièrement en noir et blanc -, j’ai été fascinée au premier regard par son interprétation très personnelle de l’art minimal… Et, en amoureuse des (jeux de) mots, je suis sensible à cette idée de « poësie graphique » : ces deux mots, qui paraissent s’opposer de prime abord, prennent tout leur sens sous la plume de Sarah. Elle semble jouer avec une telle aisance avec les lignes et les courbes, qui s’assemblent et se séparent pour donner vie à l’infini aux petits détails qui rythment notre quotidien !

Comme Marion (Les Manies de Marion), Sarah nous propose le plus souvent, dans un souci d’épure dans l’Art,  des illustrations monochromes. Néanmoins, elle choisit toujours les couleurs avec finesse, ce qui leur apporte à mon sens l’étincelle nécessaire pour susciter l’émotion. Aussi, j’attendais avec impatience sa première collection, espérant que l’étincelle tant attendue serait au rendez-vous. Et pour ma part, elle a fait mouche : intitulée « Sweden Memories », les quatre illustrations qui la composent retracent à merveille le voyage en Suède de Sarah, que j’avais suivi au quotidien en photos. Assez instinctivement, j’ai porté mon choix sur celle intitulée « On the road », qui m’inspire l’émotion d’une virée ici ou là, véritable invitation à une parenthèse hors du temps.

Crédit photo : Et si deux mains

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