Bijoux, Bois

ÏU Jewellery Design : Miren Lasnier dessine les contours de l’artisanat de demain

artisanat de demain : les bijoux en bois IU Jewellery Design

Le design est-il compatible avec le quotidien ? Si aujourd’hui je prends le temps de réfléchir à l’utilité d’un objet autant qu’à son esthétique, je reconnais avoir déjà songé par le passé à m’offrir un objet ultra design… Tout en ayant conscience qu’il n’était pas fonctionnel ! Fort heureusement, je me heurtais toujours à son prix, m’évitant ainsi un achat inutile. Doit-on alors sacrifier la beauté au profit de la praticité ? Car si beau soit-il, un objet qui n’est pas pratique sera un objet délaissé… D’où l’importance, pour faire coïncider souci d’esthétisme et désir de simplicité, d’allier le Beau, l’Utile et le Durable. Qui sait, peut-être l’artisanat de demain réunira-t-il ces trois aspects… C’est en tout cas ce que souhaite Miren, créatrice de la marque ÏU Jewellery Design. Promouvant une production à échelle humaine, elle endosse tantôt le costume de designer, tantôt celui d’artisane pour nous proposer des bijoux en bois design à un juste prix :

Tu promeus une production à échelle humaine. Pourquoi cette approche ?

Cette posture me permet une grande liberté et flexibilité dans mon travail. Être autonome sur la production me permet d’expérimenter, de tester rapidement un nouveau matériau, de gérer les détails, d’être directement connectée à mon travail et aux personnes qui me suivent.

Produire moi-même mes créations est plus contraignant et engageant en terme de temps mais me permet de concevoir des objets justes et cohérents à tout point de vue.

Au delà de ces choix personnels, cela permet également de proposer des pièces en série limitée ou unique à des prix abordables. Passer par un intermédiaire augmenterait mes coûts et me donnerait moins de contrôle sur le résultat final.

artisanat de demain : les bijoux en bois IU Jewellery Design

« Ma pratique s’est dessinée avec le temps, en conciliant les contraintes qui s’imposent à moi et les valeurs que je souhaite défendre »

Quelles en sont les implications pour la gestion d’ ïu Jewellery Design ?

Je ne suis pas à plein temps à proprement parler sur le projet car je suis avant tout designer industriel, mais c’est un investissement de tous les jours.

Au delà de la conception et de la fabrication, je gère moi-même la création de photos pour le site et les réseaux sociaux. Je collabore avec des photographes, modèles, maquilleurs et coiffeurs pour les shootings.

C’est la seule partie du projet pour laquelle j’ai besoin de m’entourer et c’est aussi ma préférée car je rencontre des gens passionnants et passionnées !

Tu réalises toi-même toutes les étapes, de la conception à la diffusion de tes bijoux. Concrètement, comment se passe ta journée ?

Aucune ne se ressemble. Comme je suis seule à tout gérer, personne ne m’oblige à sortir telle pièce à telle date, telle collection pour telle saison.

Je dessine lorsque je me sens inspirée, ce qui peut arriver pendant plusieurs jours d’affilée ou une fois tous les deux mois… Tout comme je peux trouver les bonnes proportions dès le premier dessin ou me prendre la tête des jours entiers sur la même pièce.

C’est pourquoi il est impossible de répondre lorsqu’on me demande combien de temps je mets à sortir une création.

Je ne me revendique pas pour autant comme appartenant à la mouvance « slow design ». Ma pratique s’est dessinée avec le temps, en conciliant les contraintes qui s’imposent à moi et les valeurs que je souhaite défendre. Je laisse à chacun(e) la possibilité, selon sa sensibilité et ses valeurs propres, d’estimer si mon travail réunit les conditions pour pouvoir être considéré comme « slow ».

artisanat de demain : les bijoux en bois IU Jewellery Design

« L’équilibre entre démarche durable et réalités économiques est difficile à maintenir »

Penses-tu qu’un retour à une telle production est envisageable de manière plus globale ?

L’équilibre entre démarche durable et réalités économiques est difficile à maintenir. Personnellement, je ne vis pas de cette activité.

Il y a beaucoup de créateurs qui se lancent, ce qui est génial, mais complique encore la possibilité de sortir son épingle du jeu, d’autant plus lorsqu’on souhaite une production responsable à échelle humaine ! Ce sont des qualités qui, j’espère, touchent la sensibilité des gens, mais il faut être conscient que cela concerne seulement une minorité de personne.

Je suis parfois énervée de voir ce qui peut être vendu comme du “made in France”, du “fait main” ou du “éco responsable”, mais je suis optimiste car on sent que de plus en plus de personne commencent à se poser les bonnes questions. Grâce à des initiatives comme Et si deux mains, désireuses de promouvoir l’artisanat de demain !

Pourquoi avoir choisi d’appliquer des process (semi) industriels à des pièces uniques ?

C’est ce qui m’est apparu le plus pertinent à développer au regard ce qui était à ma disposition et de ce que je voulais raconter.

Je souhaitais travailler le bois, dont aucune essence ne se ressemble, utiliser moi même la découpe laser pour avoir la possibilité d’expérimenter. M’éviter l’ennui de reproduire le même modèle encore et encore. Il y a aussi un écho avec ma formation en design industriel, forcément.

Comment concilier les deux ?

En acceptant l’inattendu, en se laissant surprendre, en sortant de sa zone de confort… Mais aussi en collaborant avec d’autres métiers, en tirant parti de ce qui peut apparaître comme une erreur, en ayant une connaissance du potentiel de chaque matériau et de chaque manière de le mettre en forme.

artisanat de demain : les bijoux en bois IU Jewellery Design

L’artisanat de demain : vers un travail main dans la main des designers & artisans ?

Quelle image te fais-tu de l’artisanat de demain ?

J’ai une petite sœur qui étudie l’ébénisterie et la marqueterie donc je me sens très concernée par cette question concernant l’artisanat de demain, même si je ne me considère pas moi-même comme une artisane. Elle est à l’école Boulle, école où j’ai moi même passé 5 ans et qui se veut former l’excellence de l’artisanat français.

J’ai regretté dans cette école le peu de passerelles entre les filières de design et métiers d’Art. Pour caricaturer, d’un côté on conçoit des objets déconnectés des réalités de fabrication et des matériaux et de l’autre, on produit des pièces qui démontrent d’un savoir-faire irréprochable mais qui peinent à sortir du déjà-vu.

J’espère que c’est dans une plus étroite collaboration que se dessinera le futur de ces deux métiers, où l’on ne verra plus l’artisan comme les “mains” et le designer la “tête”.

Note 🖤: Comme Charlotte, créatrice de l’atelier de sérigraphie textile Kahobas, Miren privilégie « le savoir-faire plutôt que le faire faire », dépoussiérant l’image que l’on peut se faire de l’artisanat avec ses créations ô combien design et délicieusement féminines. Et si elle ne se revendique pas en premier lieu comme éco responsable, elle utilise du bois issu de forêts européennes et revalorise autant que possible les chutes de bois pour les incorporer dans de nouveaux modèles pour limiter au maximum les déchets.

De Miren, j’apprécie aussi le désir de s’effacer derrière sa création, de ne pas nous enfermer dans son approche en tant que créatrice. Telle une main tendue, elle propose, elle suggère, sans jamais nous imposer sa vision. Et je suis très sensible à cette humilité et cette simplicité dans la démarche… Qui, de plus en plus, font écho à ce que je souhaite transmettre via « Et si deux mains » et décuplent encore mon intérêt pour l’artisanat de demain.

Crédit photo : Et si deux mains

* Le collier en acajou, m’a gentiment été offert par Miren, créatrice de ÏU Jewellery Design