(SE) CULTIVER, GRAINE DE SAISON

Vie numérique : image de soi & déculpabilisation

Image de soi et déculpabilisation

De tout temps, la société a voué un véritable culte à l’apparence. L’apparence physique, bien sûr, mais pas que ! Pour nous intégrer, il semblerait que nous n’ayons d’autre choix que celui d’obéir aux standards que l’on nous impose, de la seule apparence physique à la profession en passant par notre manière de nous habiller… Et ce culte de l’apparence semble aujourd’hui à son paroxysme avec la démocratisation d’Internet ! Prenons l’exemple des réseaux sociaux : initialement conçus pour créer du lien, ils ont depuis été complètement détournées de leurs objectifs premiers. Parfaits supports pour façonner notre propre image telle qu’on la souhaite, ils peuvent corrélativement entraîner un désagréable sentiment de culpabilisation. Si l’on ne peut pas toujours l’empêcher de s’insinuer en nous, on peut toutefois le maîtriser en s’adonnant aux joies de la déculpabilisation :

Réseaux sociaux et image de soi

Souvenez-vous, quand ils sont nés, nous étions heureux de voir ce qu’étaient devenues de vieilles connaissances et d’y partager des bribes de vie. On est d’accord, elles étaient plus ou moins dignes d’intérêt, mais elles avaient le mérite d’être à notre image. Et puis cela n’a plus semblé suffire. Honnêtement, qui a envie de savoir que nous avons passé notre soirée sous la couette, malmené(e) par un épouvantable virus ? N’est-il pas bien plus agréable d’admirer des paysages paradisiaques, de rêver devant une robe de couturier ou de jalouser des soirées d’anthologie ?

Alors, peu à peu, nous avons relégué la spontanéité au second plan pour ne montrer que ce qui nous semblait à même de nous valoriser. Une meilleure version de nous-mêmes, en quelque sorte. Les entreprises, elles, se sont engouffrées dans la brèche en les érigeant au rang d’outils marketing à part entière, s’apercevant que c’étaient de redoutables moyens de communication, bien moins onéreux et potentiellement plus impactants que les meilleures campagnes publicitaires. Constatant par ailleurs que les blogueuses / youtubeuses étaient susceptibles d’impacter le comportement de consommateur de leur communauté, elles sont par ailleurs de plus en plus nombreuses à recourir au marketing d’influence.

Dans l’absolu, cela ne me semble pas une pratique répréhensible, si chacun y trouve son compte (l’entreprise et ses partenaires, agence de communication comme « influenceuses »). Une entreprise, pour vendre, a besoin d’une stratégie marketing. Et si celle-ci passe par les réseaux sociaux, pourquoi pas ? Quant à nous, nous souhaitons aussi nous présenter sous notre meilleur angle. C’est humain et cela vaut aussi bien pour la vie réelle que pour notre vie numérique. A ceci près que lorsque nous sommes face à quelqu’un, il nous est bien plus difficile de masquer ce que l’on ressent vraiment, malgré toute notre bonne volonté.

Image de soi et déculpabilisation

Le langage du corps ne ment pas :

Ce regard qui fuit, notre sourire figé, nos mains qui se tordent, un geste de recul ou au contraire, une présence trop proche… Sont autant d’actes involontaires de communication qui, loin d’être anodins, trahissent nos pensées les plus profondes. Sur la Toile en revanche – hormis les vidéos en direct -, on ne perçoit pas ce langage. Libre à nous alors de nous présenter tel(le) que nous nous rêvons (quitte à parfois s’affranchir allégrement de la réalité, mais c’est une autre question). Encore une fois, c’est humain ! Tout comme il est humain de rêver devant ces maisons semblant tout droit sorties d’un magazine de décoration, ces familles parfaites ou pour certaines, parfaitement imparfaites…

Tant qu’on en a conscience, que ce soit en tant que créateur de contenu ou de simple spectateur, cela ne me semble pas être un mal. Là où les choses se compliquent, c’est quand on tend à oublier que l’on ne montre que ce que l’on veut bien montrer, que l’on ne voit que ce que l’on veut bien nous montrer. On ne peut comparer que ce qui est comparable. Et, en l’occurrence, sauf à s’y dévoiler à haute dose, sans fard et sans filtre, la vie numérique ne peut à mon sens être comparée à la vie réelle. En effet, comparée aux bribes de vie – évidemment, presque parfaites – que l’on ne voit qu’à travers le prisme de notre écran, notre propre vie ne peut que nous paraître fade et sans saveur… Ce qui engendre presque inéluctablement des sentiments négatifs, à commencer par la culpabilisation. Une pesante, une immense culpabilisation.

Image de soi et déculpabilisation

La culpabilisation que l’on s’impose à soi-même

Il y a la culpabilisation que l’on s’impose à soi-même : de ne pas être à la hauteur de la personne que l’on souhaiterait être, que ce soit physiquement ou moralement, selon nos préoccupations du moment. De ne pas toujours agir de la meilleure manière qui soit. De…

Pour ma part, tout au long de mes cheminements écologique puis minimaliste, j’ai tour à tour culpabilisé de manger encore des produits animaux, de ne pas avoir réduit drastiquement ma poubelle de déchets recyclables malgré tous mes efforts, de posséder encore bien plus d’objets que ce qui m’est vraiment utile… En me demandant comment diable cela pouvait paraître si simple pour les blogueuses que j’avais érigé au rang de modèles ? Étaient-elles donc dotées d’une volonté supérieure à la mienne ? Était-ce égoïste de ma part de ne pas me sentir capable d’en faire autant ?

La culpabilisation que l’on nous inflige

A côté de cette forme de culpabilisation, il y en a une autre, à laquelle on est plus exposé(e) quand on crée du contenu : la culpabilisation que nous infligent les autres. Pour reprendre le commentaire d’Isabella (Un petit pas pour toi) glissé sous un précédent article, on ne peut nier le rayonnement des blogueuses / youtubeuses (…), que l’on a placées tout en haut de la pyramide.

Et, quand on met quelqu’un sur un piédestal, on nourrit envers cette personne des attentes tellement élevées que l’on s’expose à une déception d’autant plus grande si elle fait – ce que l’on considère comme – un faux pas. On lui fixe un cadre dont elle ne doit pas sortir sous peine de nous décevoir, quitte à ne nous montrer par la force des choses qu’une infime facette d’elle-même. Comme une injonction à être parfaite, d’une certaine façon. Et quand elle en sort, la sanction est immédiate : elle est assaillie de commentaires plus ou moins désobligeants.

Dans les deux cas, s’autoriser à se laisser aller à la déculpabilisation est salvateur.

Image de soi et déculpbailisation

Et si on s’adonnait aux joies de la déculpabilisation ?

Qui cherche une raison de culpabiliser en trouve toujours une. Et, plus globalement, quand on porte un regard négatif (sur soi, sur les autres…), on ne peut en tirer que du négatif. N’est-il pas pourtant plus plaisant de savourer à pleine bouche les petits bonheurs plutôt que de s’attarder sur les inévitables contrariétés ? La culpabilisation n’a jamais aidé à avancer. Au contraire, notre culpabilisation est semblable à un boulet que l’on traîne, nous empêchant non seulement de cheminer comme on le souhaiterait mais aussi de voir le chemin déjà parcouru :

Faire preuve de bienveillance envers soi-même…

Précédemment, je vous faisais part de quelques aspects de ma vie qui ont, à un moment ou un autre, entraîné en moi de la culpabilisation et qui sont évidemment personnels à chacun(e) en fonction de notre idéal de vie. Et si, plutôt que de regarder en avant ce chemin – parfois interminable – qui nous reste à parcourir, nous pensions à la déculpabilisation en revenant sur celui déjà parcouru ?

En reprenant les problématiques évoquées alors, je vois un régime alimentaire qui tend doucement vers le flexitarisme, une quantité d’achats en vrac de plus en plus importante, une maison qui se vide progressivement de l’inutile… Et cette pesante culpabilisation que je ressentais en envisageant mon comportement sous un autre angle fait place à un sentiment nettement plus bienfaisant : la fierté. Un sentiment trop souvent refoulé ou tout au moins inexprimé par crainte d’être mal perçu(e) en société.

Pourtant, est-ce mal d’être fier(e), dans la mesure où l’on est juste envers soi-même en reconnaissant aussi ses propres failles ? Sentir sa poitrine se gonfler de fierté en pensant à ce que l’on a (déjà) réalisé de positif n’est pas un frein pour continuer à avancer pas à pas vers notre idéal de vie! Au contraire, bien dosée, cette sensation est tellement galvanisante qu’elle pousse à donner le meilleur de nous-même, au rythme qui est le nôtre.

Et, au delà de cette seule fierté, la déculpabilisation passe par la bienveillance globale envers nous-mêmes, notamment en acceptant le fait que nul n’est parfait : nous ne sommes pas à l’abri d’une erreur de jugement ou d’un oubli qui amènera à un écart de conduite. Pour autant, cet écart ne remet pas en question la personne que nous sommes ni les valeurs que nous souhaitons porter.

Image de soi et déculpabilisation

… Et envers les autres

Revenons maintenant sur la culpabilisation que l’on nous inflige. On ne peut évidemment pas se prémunir contre les critiques émanant d’autres personnes puisque cela reviendrait à les priver de leur liberté d’expression. Et, à moins d’être totalement insensible, elles nous atteignent forcément plus ou moins profondément (selon les personnes de qui elles viennent, leur degré de désobligeance, notre propre sensibilité…).

Pourtant, il faut faire la part des choses : certaines critiques n’ont pour seul effet que celui de nous faire culpabiliser, inutile donc de nous attarder dessus. D’autres en revanche méritent notre attention car elles sont constructives et nous poussent à nous remettre en question puis évoluer. Et surtout, il faut garder à l’esprit que les autres ne voient de nous que ce que nous voulons bien leur montrer : ils ne jugent pas la personne que nous sommes, mais l’image qu’ils se font de nous.

Car si l’on y réfléchit, ce qu’on reproche à la blogueuse / youtubeuse, au fond, c’est de ne pas être aussi parfaite que l’image que l’on s’était faite d’elle. Et paradoxalement, nous sommes de plus en plus nombreux.ses à élever nos voix contre le manque de sincérité sur la Toile. Mais peut-elle être entièrement sincère si on l’enferme dans un cadre dont elle ne peut sortir de peur d’être la cible de critiques ?

Quand les opinions divergent

Comme il lui est impossible de maîtriser les réactions qu’elle engendre, il me semble qu’il nous revient en tant que spectateurs de nous interroger sur ce qui prime vraiment à nos yeux : la sincérité dans l’intention ou le besoin d’avoir des exemples voués à nous servir de « guides ».

Et d’être bienveillant envers les autres comme on devrait l’être envers nous-mêmes : s’ils ne montrent que certaines facettes de leur personne via l’image qu’ils se façonnent sur la Toile, leurs sentiments, eux, sont bien réels. Et si la culpabilisation est un frein pour nous, ne l’est-elle pas aussi pour la personne que l’on critique ? Ne devrait-on pas plutôt apprécier le courage qu’il lui a fallu pour dévoiler des facettes moins reluisantes d’elle par souci de sincérité ?

On a le droit d’être d’accord ou de ne pas l’être, tout comme on a le droit d’exprimer notre opinion, même divergente. Imaginez comme nos conversations seraient plates si nous étions en accord sur tout, tout le temps ! Ces opinions divergentes ont le mérite d’ouvrir le débat et de contribuer à la richesse de l’échange, vous ne trouvez pas ?

Crédit photo : Et si deux mains

Image de soi et déculpabilisation vous inspirent ? Et si vous semiez cette graine de saison sur Pinterest ?

Image de soi et déculpabilisation

3 Comments

  1. Ton article me parle beaucoup. Des familles nombreuses aux allures parfaites, avec des maisons nickels… Et moi, dans mon salon en. bazard. Et si je le montre en story, des gens supers qui viennent me dire en privé « je ne sais pas comment tu fais pour supporter ce bazar, chez moi, mes enfants rangent au fur et à mesure. » ah…. Et dans un autre sens, moi qui mets des photos de mes loulous qui me font des câlins. Pourquoi ? Pour rassurer mon ego de maman ? Pour me montrer sous un bel angle sûrement… Bref, les réseaux sociaux, loin des comptes qui me font plus de mal que de bien…
    Bises

  2. Bicar&co says

    Tellement, mais tellement d’accord avec tout ce que tu dis ! Étant une bébé blogueuse et une bébé youtubeuse, je n’ai pas encore eu à faire à trop de commentaires culpabilisants ou négatifs malgré eux. Du moins, ils sont encore minoritaires du coup, je ne m’y attarde pas. Mais quand je vois la déferlante que subissent d’autres, ça me rend malade… Balaie devant ta porte comme dirait l’autre… C’est un cercle infernal dans lequel il est difficile de ne pas tomber, même si on dit d’entrée de jeu qu’on est imparfaits. Ça ne donne pas forcément envie de continuer à partager quand on se dit que ça finira par nous tomber sur le coin du nez un jour ou l’autre.
    Très bon article comme toujours 🙂
    Des bisous !

  3. BribriM says

    Le besoin de paraître chevillé au corps ne rend pas les gens heureux !!!!

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