S'INSPIRER
Leave a comment

Elisa Uberti, la céramique comme poésie de l’épure

Elisa Uberti la céramique comme poésie de l'épure

Qu’est-ce qui nous rend unique ? A l’heure où il est possible de puiser l’inspiration à l’autre bout de la Terre, à l’heure où le champ des possibles semble infini, peut-on encore faire la différence en tant que créateur ? Céramistes des temps jadis, sculpteurs, architectes mais aussi chamanes et peuples nomades… Nombreuses sont les inspirations d’Elisa Uberti, digne représentante de la poésie de l’épure. Témoignant de l’ouverture au Monde de cette jeune céramiste, ces diverses influences sont pour certaines très éloignées les unes des autres.

N’est-ce pas courir le risque d’une fausse note qui viendrait rompre un fragile équilibre ? Peut-être. Mais pas pour Elisa. Tel un compositeur qui aurait choisi chacune de ses notes avec justesse, elle nous propose un univers où tout n’est qu’harmonie ; où formes, textures et couleurs semblent en symbiose. Et c’est justement en nous livrant une interprétation très personnelle des courants d’Art et de pensée qui l’inspirent qu’Elisa offre un point de vue unique sur la céramique, qui sous ses doigts devient poésie de l’épure :

Tu as travaillé pendant plusieurs années dans la mode, en tant que salariée et comme créatrice. Pourquoi avoir quitté ce domaine ?

J’ai toujours été attirée par le textile et c’est avec la mode que j’ai d’abord eu envie de m’exprimer. Mais l’industrie textile, telle qu’elle existe aujourd’hui (production de masse, pression sur les usines de production, mode « jetable »…) est tellement éloignée de mes valeurs que j’avais envie d’autre chose.

Certes, de plus en plus de marques et de personnalités se mobilisent pour une mode différente… Mais il faut du temps pour faire bouger les choses.

Elisa Uberti la céramique comme poésie de l'épure

❝ J’avais besoin de revenir à l’origine de la création d’objets, de fabriquer de mes mains et de prendre le temps de la réflexion. ❞

Pour autant, j’aime toujours le textile ! Et j’aime l’idée de travailler le textile et la céramique de manière transversale : dans un même univers, mais de manière différente, intemporelle et en séries limitées, fabriquées en France.

Quel est l’impact de ce changement de sphère professionnelle sur ton quotidien ?

Je me sens libre de créer ce que je souhaite et à mon rythme. L’acte créatif, les recherches, la fabrication des pièces à la main, tout cela est très important pour moi. Cela me permet vraiment d’extérioriser mes émotions et d’être dans un état méditatif presque constant. Un réel état de bien être essentiel pour moi.

Le fait d’être indépendante me permet également de gérer mon temps comme je le souhaite, de profiter de ma famille et de voir mes enfants grandir.

Dirais-tu que ton approche de ton métier de céramiste se situe dans la lignée du courant « slow design » ?

Mon rapport à l’artisanat, le fait de prendre le temps de réaliser des objets uniques à la main s’inscrit en effet dans l’esprit du slow design. Mon travail se situe à mi-chemin entre l’art et l’artisanat, c’est une vraie réaction au zapping et à la surconsommation.

Par la suite, j’aimerais aller encore plus loin dans cette démarche en associant à la céramique d’autres matériaux provenant du recyclage.

Plus globalement, quelles valeurs souhaites-tu porter via tes créations ?

J’essaie de créer des pièces contemporaines et intemporelles, qui pourront je l’espère être transmises et perdurer dans le temps, au delà des modes et des tendances. J’aimerais vraiment retranscrire dans mon travail les valeurs de l’artisanat et de la fabrication à la main.

Elisa Uberti la céramique comme poésie de l'épure

❝ Prendre le temps de faire les choses et de créer doit être porteur de sens.❞

Sont-elles le reflet de ton désir personnel de renouer avec l’essentiel ?

Oui c’est un désir profond de retour à la simplicité, à l’essentiel et la volonté de transmettre ces valeurs à mes enfants.

Ce désir de simplicité transparaît dans tes créations, épurées et monochromatiques, que l’on imagine volontiers dans un intérieur minimaliste. Où puises-tu ton inspiration / tes inspirations ?

Je m’inspire beaucoup de la nature, que ce soit un paysage ou la vision microscopique d’un minéral par exemple. Et, globalement, j’adore découvrir de nouveaux artistes ou apprendre une nouvelle pratique artisanale.

Je suis également sensible à l’architecture et notamment aux architectes visionnaires des années 60 comme Antti Lovag, Pascal Häusermann et Claude Costy… Mais aussi aux artistes comme Hans Arp, Xavier Corbero ou encore Salvatore Fiume pour ses sculptures. Je suis fascinée par les créatifs un peu fous comme le Facteur Cheval.J’aime l’idée que rien n’est impossible !

Tu as choisi de nous proposer d’abord un travail sur le blanc. Pourquoi ce choix ?

C’est la première couleur que j’ai eu envie de travailler, par goût personnel pour cette « non couleur » et ses variantes. Le blanc représente pour moi la simplicité et le minimalisme.

Elisa Uberti la céramique comme poésie de l'épure

❝ Le blanc permet de se concentrer uniquement sur la forme et ses ondulations. ❞

Envisages-tu d’élargir ta palette de couleurs vers des tons plus vifs à l’avenir ou as-tu une préférence pour les tons sobres ?

Même si j’essaye parfois de sortir de ma zone de confort, je travaille surtout les couleurs neutres, désaturées ou naturelles. Les blancs et noirs sont bien sûr des évidences mais j’aimerais également travailler des coloris briques, des verts forêt… Et pourquoi pas jouer sur les motifs par la suite.

Pour finir, penses-tu que la céramique est un matériau de choix pour allier le Beau, l’Utile et le Durable ?

La terre est un matériau simple qui s’anoblit lorsqu’on la façonne et qui permet la création d’objets utilitaires et beaux. C’est important pour moi d’être dans une démarche de durabilité, sans laisser de côté l’aspect émotionnel que peut représenter une pièce.

Les pièces en céramique portent l’empreinte du travail de l’artiste ou de l’artisan et cela amène beaucoup de poésie et de chaleur.

Avec Elisa Uberti, la poésie de l’épure revêt une âme

Note 🖤 : de l’univers d’Elisa Uberti, je suis sensible à l’idée même de poésie de l’épure. Désireuse de revenir à l’essentiel, en tant que femme, en tant que créatrice, elle ne laisse pas de place à des détails alambiqués qui viendraient visuellement alourdir ses céramiques. Et c’est justement ce choix d’une certaine sobriété relevée par de discrets détails qui confère à ses créations grâce et élégance. Si Elisa a un goût prononcé pour les tons sobres, à commencer par le blanc, elle montre avec adresse que cette « non couleur » parfois considérée comme impersonnelle se veut chaleureuse, façonnée par des mains expertes.

Est-ce un pari osé que celui d’ambitionner proposer des objets chargés d’âme en jouant uniquement sur la forme ? Sans doute. Pourtant, Elisa relève avec brio ce défi : le choix de formes arrondies apporte à ses créations douceur et volupté, faisant d’elles de parfaites compagnes du quotidien. Car, encore une fois, en véritable poésie de l’épure, c’est dans la simplicité que prend sa source la beauté.

Crédit photo : Amandine Uberti (image de Une), Stéphane Uberti

Parsemons ensemble la poésie de l’épure sur Pinterest :

Elisa Uberti la céramique comme poésie de l'épure

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *